mercredi 22 août 2012

Fichage ADN: une idée à 6 millions

La proposition d’Olivier Guéniat de prélever l’ADN de tous les requérants d’asile a un coût: 6 millions de francs par an, soit le salaire annuel de 70 policiers ou 30 commandants. Premier test jeudi pour la petite bombe lâchée par le commandant de la police jurassienne dans «Le Matin Dimanche». Olivier Guéniat propose de récolter systématiquement le profil ADN des demandeurs d’asile. Il estime que les policiers pourront ainsi plus efficacement endiguer la hausse de la criminalité liée à certains de ces requérants. La Conférence des directeurs cantonaux de justice et police se réunit à Bâle pour prendre position. Depuis dimanche, les avis politiques, des plus enthousiastes aux plus critiques, s’expriment par rapport à cette idée. Mais, pratiquement, quel serait son coût? «Pas très cher», estimait Olivier Guéniat dans «Le Matin Dimanche».

Deux cents francs par personne

Dans les faits, six laboratoires sont autorisés en Suisse à établir des profils ADN, dont le Centre universitaire romand de médecine légale. «Il faut compter 200 francs pour établir le profil ADN d’une personne. Pour les traces, soit les éléments prélevés par la police sur les lieux des délits, le coût s’établit entre 300 et 570 francs selon le degré de difficulté de l’analyse et le résultat obtenu. Mais, en l’occurrence, les analyses de traces se font de toute façon», indique Vincent Castella, responsable de l’unité génétique forensique à Lausanne. Donc, pour ficher les 30'000 requérants d’asile que la Suisse prévoit d’accueillir cette année, il faudrait débourser 6 millions de francs. Peanuts ou trop cher? «Je ne suis pas sûre que la population soit prête à investir une telle somme pour ça! Le rapport coût-utilité d’une telle mesure, que je considère à la base comme non démocratique, n’est pas raisonnable», juge la conseillère nationale Ada Marra (PS/VD). Pour elle, autant investir dans la collaboration avec les pays du Printemps arabe, notamment en étendant la base informatique qui recense les criminels dans l’espace Schengen. Et s’il fallait choisir entre investir dans l’instrument ou dans l’humain? «Ce serait tout aussi utile de prévenir les délits en montrant plus de présence sur le terrain», tranche le secrétaire général de la Fédération suisse des fonctionnaires de police, Max Hofmann, qui pense toutefois que la piste ADN vaut la peine d’être bien examinée.

«On le fait déjà!»

Six millions, c’est une somme certaine, mais elle n’est pas rédhibitoire pour la sénatrice Karin Keller-Sutter (PLR/SG). «Si vous commencez à calculer, alors autant faire des journées portes ouvertes dans les prisons», image-t-elle. En revanche, cette experte en sécurité ne voit pas bien l’intérêt du débat. «Honnêtement, je n’ai pas bien compris la proposition d’Olivier Guéniat, parce qu’il est déjà permis de récolter l’ADN de suspects et donc de requérants si nécessaire. La police saint-galloise le fait», souligne-t-elle. Pour Max Hofmann, des analyses ADN systématiques permettraient à la police de résoudre beaucoup de cas, mais pas forcément de faire baisser les statistiques. «Cela ne sert toujours à rien si les délinquants écopent d’un ou deux jours de prison quand on les coince» souligne-t-il. (Le Matin)

Créé: 23.08.2012, 07h40

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