mercredi 26 décembre 2012

De puits de carbone à sources de carbone

Les tourbières comptent parmi les meilleurs écosystèmes pour capturer le carbone et réduire le réchauffement climatique. Depuis 30 à 50 ans, le développement de buissons nuit aux sphaignes, dont la décomposition forme la tourbe. Conséquence: il y a moins de carbone stocké et il pourrait même être relâché dans l'atmosphère. Un groupe de chercheurs de l'Institut fédéral de recherche sur la forêt, la neige et le paysage (WSL) et de l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) a montré pour la première fois pourquoi un climat plus chaud avantage les plantes vasculaires comme les buissons par rapport aux mousses, réduisant ainsi l'effet de régulateur climatique des tourbières.

Pour ce faire, ils ont étudié les mécanismes qui conduisent à l'embroussaillement des tourbières. Ils sont favorisés par les interactions complexes entre plantes et micro-organismes, selon cette étude publiée en ligne dans la revue «Nature Climate Change».

Les scientifiques ont étudié quatre tourbières situées entre 600 à 1900 mètres d'altitude pendant trois ans. Ces différentes altitudes sont censées refléter les changements de conditions climatiques attendus en 2050 au nord de la Suisse, explique le communiqué du WSL.

Moitié moins de mousses

Ils ont pu constater que le développement des buissons et la hausse de la température du sol sont responsables de la réduction de moitié de la production de nouvelle tourbe par les mousses.

D'après les analyses, les composés chimiques contenus dans les feuilles des buissons augmentent la disponibilité en azote, un fertilisant pour les plantes, dans le sol. Ce processus s'accentue quand la température du sol augmente, favorisant via la symbiose fongique la croissance des buissons au détriment de celle des mousses.

Et s'il y a moins de mousses, il y a également moins de nouvelle tourbe pour stocker le carbone atmosphérique. Par ailleurs, lorsque la température du sol s'élève, les buissons relâchent davantage de matière organique par leurs racines, ce qui accélère la décomposition du sol, et par effet domino, de la tourbe ancienne.

Carbone libéré

En se décomposant, cette tourbe relâche dans l'atmosphère le carbone qui y était emprisonné. Les tourbières pourraient donc passer de puits de carbone à sources de carbone, et ainsi intensifier le réchauffement climatique plutôt que le diminuer, s'inquiètent les chercheurs.

Les tourbières recouvrent 3% de la surface terrestre, mais contiennent 30% de toute la matière organique des sols, soit 50% du CO2 atmosphérique. A l'échelle mondiale, elles stockent deux fois plus de carbone que les forêts et ont contribué à refroidir le climat en retirant de l'atmosphère des gaz à effets de serre au fil des millénaires.

Propriétés antibiotiques

La litière produite par les mousses de tourbières a des propriétés antibiotiques qui ralentissent l'activité de décomposition des microorganismes du sol. De plus, la présence d'eau stagnante dans ces sols non seulement favorise la croissance de ces mousses - qui n'ont pas de racines, contrairement aux plantes vasculaires-, mais crée aussi des conditions anoxiques qui limitent encore davantage la décomposition de la matière organique morte des végétaux.

En Suisse, les tourbières sont protégées depuis 1987, grâce à l'initiative de Rothenturm qui visait à les sauver de la destruction.

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