mardi 11 décembre 2012

En finir avec l'obligation de servir?

Déposée en janvier dernier, l’initiative du Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA) vise à supprimer l’obligation de servir. La question provoque un débat-fleuve au Parlement et une guerre de tranchées entre la gauche et la droite. Avec une armée de 100 000 hommes, l’obligation est-elle encore nécessaire?

Y. B. Oui, cela ne change rien, le problème n’est pas la masse, mais le nombre de jeunes qui entrent dans le système. On a besoin d’un même renouvellement de personnes, car la durée du service sera plus courte.

P.-A. F. 100 000, c’est encore trop. Il faut repenser notre système avec une armée de 20 000 à 30 000 hommes. L’obligation avait un sens dans une armée de masse, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Ne crée-t-on pas des inégalités s’il n’y a plus de place pour tout le monde?

Y. B. Actuellement, un grand nombre de personnes incorporées sont en fait en réserve. Ces gens-là vont disparaître. Avec une durée de service réduite, le roulement sera plus grand. Il y aura toujours de la place pour celui qui veut la faire. Et celui qui ne veut pas peut y échapper.

P.-A. F. C’est déjà le cas. Aujourd’hui, il y a peut-être un tiers des gens qui terminent leur parcours militaire. Selon les régions, le taux de conscrits varie de 50% à 80%. Dans l’équipe suisse de football, il n’y a que deux joueurs qui font l’armée… L’obligation de servir n’a plus de sens.

Une milice avec uniquement des volontaires n’est-elle pas souhaitable?

Y. B. Elle serait souhaitable dans un monde idéal. Mais ce système ne fonctionne pas dans les grandes nations. Aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, on va même chercher des gens dans les prisons pour cette milice dite volontaire. Est-ce que nous voulons recruter ainsi en Suisse?

P.-A. F. Les volontaires seront plus déterminés par rapport à la passivité que l’on constate aujourd’hui dans la troupe. Pour une armée de 25 000 à 30 000 hommes, on devrait trouver sans peine entre 4000 et 5000 volontaires par année. En faisant attention à ne pas engager des extrémistes.

L’obligation de servir est-elle toujours un facteur de cohésion nationale?

Y. B. Le service à la nation, on doit le faire. Chacun se souvient de son service dans une autre région du pays. Cela permet de connaître et de comprendre les autres. Surtout pour réduire le clivage qui existe aujourd’hui entre villes et campagnes.

P.-A. F. Vu que beaucoup de gens ne font plus l’armée aujourd’hui, cela a déjà perdu de son sens. Nous vivons par contre dans une société multiculturelle où la cohésion nationale doit se construire autour de valeurs comme la solidarité et la justice. (Le Matin)

Créé: 12.12.2012, 07h01

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