mercredi 26 décembre 2012

Les officiers prêts à lancer une initiative pour l'armée

Président de la société suisse des officiers (SSO), le Vaudois Denis Froidevaux le répète: en dessous de 5 milliards, l’armée ne peut jouer son rôle. L’initiative populaire est prête. Depuis son entrée en fonction, le Vaudois Denis Froidevaux est sur tous les fronts. Le premier président romand de la société suisse des officiers (SSO) entend faire de son institution un acteur du débat politique sur l’armée et la sécurité. Interview d’un brigadier de milice, qui au civil travaille pour la police et le management du risque.

Le Matin – Le Conseil fédéral vient de confirmer son plan d’économie et veut maintenir le budget de l’armée à 4,7 milliards, inclus 300 millions pour le financement de l’avion de combat. En clair, l’armée devra se serrer la ceinture?

Denis Froidevaux – A l'issue des travaux du rapport sur l'armée le CF avait décidé une armée à 80'000 hommes avec un plafond financier à 4,7 milliards, inclus le remplacement du Tiger (ou TTE, soit 300 millions par an sur 10 ans, puis 4,4 milliards au maximum). A la suite de la décision du Parlement en septembre 2011 (5 milliards et 100'000 hommes), le Conseil fédéral a fait un pas en direction des Chambres en acceptant l'effectif de 100'000 hommes, mais en maintenant son plafond à 4,7 milliards, inclus le TTE!

Résultat: l’armée doit économiser?

Oui. Pour ce qui est de se serrer la ceinture, l'armée pourrait ouvrir un centre de conseil au profit des autres départements, tant elle a fait des efforts dans ce domaine ces 20 dernières années, dépassant même l'objectif de l'initiative du PS datant des années 90, refusée par le peuple, et qui visait la réduction de 50% du budget militaire. Ce n’est pas ce que demandait la SSO?

Il est utile de se souvenir que la SSO demandait en 2011 un effectif de 120'000 hommes et un budget de 5,3 milliards. Depuis lors nous avons admis de bouger nos lignes et fixé le seuil minimal à 100'000 hommes et 5 milliards, inclus le TTE. On peut donc en déduire que le Conseil fédéral manque de discernement en acceptant un effectif de 20% plus élevé mais sans le financer. C'est clairement un signe négatif à l'égard de la milice. Economiser oui, mais sacrifier la sécurité collective, non!

Comment interprétez-vous ce gap entre hommes et budget?

Cela signifie que non seulement le Conseil fédéral accepte d'éroder le «pouvoir faire» de l 'armée mais aussi le «savoir faire». En d’autres termes, le Conseil fédéral renonce de facto au principe qui veut que chaque corps de troupe soit totalement équipé. Cela signifie aussi que le profil de prestations découlant des missions constitutionnelles ne sera pas réalisable. Aussi il faudra accepter que la seule réserve stratégique de sécurité du pays agisse avec un délai d'intervention plus long, avec moins de moyens, des moyens moins robustes, et moins longtemps. Réserve stratégique de sécurité? Vous craignez donc pour les cantons?

Effectivement, il s'agit de facto d'un report de charge sur les cantons. En particulier pour ce qui est des prestations liées à l'aide en cas de catastrophes, mais aussi de la subsidiarité en termes de sûreté. En effet, à problèmes constants la capacité opérationnelle doit être assurée, et ce sera aux cantons de combler les lacunes créées à l'échelon fédéral. On peut donc considérer que les «non-dépenses» de la confédération devront être financées par les cantons! On nage en pleine opacité financière! A vous entendre, la problématique va bien au-delà de la discussion avion de combat ou pas?

Oh oui! Le développement de notre politique de sécurité est prisonnier des conflits politico-politiques. On ne pense qu'en terme de budget, dans un horizon temporel ne dépassant pas la législature, et un consensus fait cruellement défaut. Cette situation est très préoccupante considérant les risques-dangers-menaces qui se profilent. L'armée n'est plus en mesure de remplir ses missions constitutionnelles, et le sera encore moins demain avec un plafond à 4,7 milliards. Pour toutes ces raisons la SSO estime que si le minimum budgétaire (5 mia) devait ne pas être assuré, il faudra alors agir au moyen des instruments démocratiques disponibles et finalement demander au peuple ce qu'il veut et attend de la politique de sécurité nationale, donc de son armée.

Etes-vous en train de nous annoncer le lancement d’une initiative populaire par la SSO?

Aucun Etat ne peut considérer que le maillon faible de sa chaîne sécuritaire est son armée. En Suisse, l’organisation sécuritaire cohérente intègre cantons et Confédération. En dessous, de la ligne rouge de budget à 5 milliards et 100'000 hommes, la SSO estime que le seuil minimal est dépassé. A ce titre le principe de subsidiarité sera déficient, et c'est la population dans son ensemble qui en pâtira. Si ni le Parlement, ni le Conseil fédéral ne peuvent assurer cette cohérence, la question devra être posée au peuple. Deux options restent possibles, qui sont encore ouvertes pour la SSO: soit une initiative populaire (qui est prête) soit un référendum contre le DEVA (n.d.l.r.: le plan de développement de l’armée qui doit être présenté au parlement courant 2013).

Quelle forme prendrait cette initiative ?

Elle viserait une modification constitutionnelle garantissant l’effectif et les ressources de l’armée.

La SSO reste ainsi focalisés sur ces 5 milliards de budget?

La SSO se focalise sur le maintien du savoir faire et sur l'équilibre entre prestations et ressources. En termes de budget réel celui de la Confédération a, durant les 30 dernières années, été multiplié par deux pour passer de quelque 30 a 60 milliards! Dans le même temps, la part consacrée à la sécurité de l'Etat n'a cessé de diminuer pour passer à moins de 6% du budget, ou 0,8 du PIB, ce qui constitue la part la plus faible en Europe. Dans les trois prochaines années, le budget global de la Confédération devrait encore augmenter. Dans ce contexte, il est particulièrement inconvenant de dire que si la part affectée à l'armée était de 5 milliards, les autres départements devraient économiser pour financer ces 300 millions, alors qu'elle n'a cessé de contribuer aux économies. Pourtant l’armée ne dépense pas l’intégralité de son budget?

C’est un autre paradoxe. L'affaire des «restes de crédit» révèle un sommet d'inconvenance à l'égard de la milice et de l'armée. L’armée a restitué plus de 1 milliard à la caisse fédérale en trois ans, et pas un franc n’est utilisable pour le TTE par exemple. C’est inadmissible et surtout on ne prend pas en compte les réalités de notre situation sécuritaire et des besoins qui en découlent. Il faut garder à l'esprit que la situation sécuritaire reste très délicate sur un plan global. (Newsnet)

Créé: 27.12.2012, 07h41

0 comments:

Enregistrer un commentaire