Oskar Freysinger: L’UDC a réfléchi aux deux problèmes majeurs que rencontre la Suisse. Et entre la libre circulation des personnes et Schengen, nous avons préféré lancer l’initiative «Stop à l’immigration de masse!» La survie économique des gens est prioritaire à la sécurité.
Le Matin: - Vous avez hésité?
L’accord Schengen sur la sécurité est très technique et, même si elles sont insuffisantes, les forces de police existent et font ce qu’elles peuvent. Par contre, la libre circulation des personnes pèse de manière très directe et a un impact sur la vie des travailleurs, leurs familles, leurs enfants aujourd’hui. Nous avons perçu une urgence.
Le Matin: - Les signaux sont au rouge pour vous?
L’homme public que je suis reçoit de nombreux messages. Je sens bien le pouls de la population. Et on constate une énorme frustration qui est en train de s’accumuler. De nombreux Suisses estiment que leur place de travail est menacée ou qu’ils sont en concurrence avec un étranger pour leur poste. Cela a des conséquences: sur les salaires. C’est indéniable! La libre circulation des personnes est en train de faire fondre la classe moyenne.
Le Matin: - Les chiffres du chômage (3,1% en novembre) et ceux donnés par les organisations faîtières de l’économie contredisent pourtant ce sentiment?
Mais ces chiffres trichent. Il y a beaucoup de personnes qui n’apparaissent plus dans les statistiques: les gens en fin de droits, ceux qui vont à l’AI, les clandestins… Le chômage et le dumping salarial sont la réalité du marché du travail. L’autre facette de la réalité, c’est que les places de travail créé le sont pour les gens que l’économie fait venir et non pour les Suisses. Et cette surchauffe de l’économie crée en parallèle des tensions dans les infrastructures.
Le Matin: - Vous peignez le tableau d’une Suisse qui deviendrait Monaco: un pays que ses habitants doivent quitter car trop cher pour eux?
C’est exactement ça. Nous sommes en train de nous «dédémocratiser» . Le facteur économique est dominant, et il ne profite qu’à quelques-uns. Surtout aux grandes multinationales.
Le Matin: - Vous parlez comme un syndicaliste. Votre constat rejoint celui de la gauche et pourrait donc soutenir son combat pour le renforcement des mesures d’accompagnement?
Les mesures d’accompagnement, c’est du pipeau! Les moyens de les contourner sont énormes et bien utilisés. Lorsqu’une entreprise étrangère veut mettre la main sur un marché en Suisse, elle va toujours sous-évaluer ses charges sociales. Et comment faire pour vérifier si les chiffres sont corrects. On n’arrive pas à faire appliquer les procédures existantes. D’autre part, la surréglementation, telle que l’a choisie la France depuis des années, aussi est néfaste au marché du travail. On détruit du travail plus qu’on ne le protège.
Le Matin: - Et votre solution?
L’initiative UDC. On crée un cordon sanitaire, la frontière, pour protéger le travail mieux que les syndicats. Il ne s’agit pas d’interdire l’immigration, mais de déterminer celle dont vous avez besoin. Nous sommes le seul pays riche au monde à avoir instauré la libre circulation des personnes avec des voisins plus pauvres. Ni Singapour, ni les Etats-Unis, ni le Canada ne l’ont fait. La théorie des vases communicants est facile à comprendre, c’est toujours dans l’intérêt du vase le moins rempli. L’Europe est en train de créer un nomadisme du travail, avec des gens déplaçables, jetables. Cela ne profite encore une fois qu’aux multinationales.
Le Matin: - La campagne s’annonce engagée et serrée?
Oui! Et dans les régions frontalières – que ce soit au Tessin et à Genève – encore plus. On pourra parler de la réciprocité qui n’est jamais la règle. Et je me réjouis d’avance de voir le PS désavoué par sa base. Ça va être dur pour les socialistes.
Créé: 07.12.2012, 15h26
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