Pourquoi ne pas faire plus simple en instituant un registre national des armes? Tout simplement parce que le peuple n'en a pas voulu en février 2011. Par 56% des voix, il a refusé l'initiative populaire «Pour la protection face à la violence des armes». Celle-ci demandait, outre la création d'un registre central, le dépôt des armes militaires à l'arsenal.
Trois raisons qui militent contre une loi plus dure
Pourquoi est-il si difficile en Suisse de durcir la loi sur les armes? Pour trois raisons principales:
1/ Le mythe du citoyen armé. Entretenu par la figure de Guillaume Tell, ce mythe fait de l'arme un instrument essentiel pour défendre sa liberté et assurer sa sécurité et celle de ses proches. L'organisation Pro Tell, le lobby pro armes, l'estime constitutif de l'identité suisse. Elle défend la responsabilité individuelle face à la «bureaucratie» qu'entraînerait, selon elle, le fichage des fusils.
2/ Des sociétés de tir puissantes. Ces sociétés sont nombreuses en Suisse où la tradition du tir est bien ancrée, surtout dans les campagnes. Et il n'y a pas que les hommes qui s'entrainent mais aussi des femmes et des enfants. Vous ajoutez à ces personnes les armuriers et les collectionneurs, et vous comprenez pourquoi les appels des policiers pour une législation plus sévère restent lettre morte.
3/ Pas de massacre de masse. Si la Suisse n'a pas bougé, c'est aussi qu'elle n'a pas été confrontée à des tueries monstrueuses comme aux Etats-Unis où une trentaine de personnes perdent soudain la vie. Les partisans des armes à feu peuvent donc toujours affirmer que les fusils ne sont pas plus dangereux que les couteaux qui sont aussi utilisés pour blesser ou tuer. Et personne ne parle d'interdire les armes blanches.
Christian Levrat pessimiste
Une fois l'émotion de Daillon retombée, la Suisse va-t-elle à nouveau repousser tout durcissement de la loi sur les armes. Christian Levrat, le président du PS, n'est pas loin de le penser. «On est dans un domaine très délicat. En 2011, nous avions une initiative populaire assez modérée, mais elle a été balayée par le peuple», déclarait-il récemment dans la Tribune de Genève et 24 heures.
Le conseiller national Hugues Hiltpold (PLR/GE) rappelle cependant que, pendant la campagne de votation sur les armes en 2011, il avait été prévu que les cantons interconnectent leur fichier. Or pratiquement rien n'a été fait. Les cantons traînent des pieds en invoquant notamment une absence de base légale pour constituer une telle plate-forme.
«Pas éviter le drame du Valais»
La Commission de politique de sécurité pourrait faire un petit pas dans ce sens aujourd'hui ou demain en priant les cantons d'accélérer la manœuvre. Mais rien n'est joué. D'autant que certains, aux Etats par exemple, mettront les pieds au mur. Dans la presse lucernoise, le sénateur Hans Hess (PLR/OW), qui préside la CPS, ne voit pas l'utilité d'un fichier central: «Un tel fichier n'aurait pas évité le drame de Daillon en Valais».
Créé: 07.01.2013, 14h36
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