Bien sûr que j’entends cette colère. Elle est à la hauteur du désarroi que provoque le sentiment qu’une injustice réelle pourrait ne pas être réparée. Avec le Conseil fédéral, je reste convaincu qu’une solution doit être trouvée. Et je vais me battre pour construire une majorité devant les Chambres fédérales.
– Mais n’est-ce pas un vœu pieux, alors qu’une claire majorité de la Commission de la santé de la Chambre des cantons a refusé d’entrer en matière sur le projet de remboursement du Conseil fédéral?
La situation a évolué négativement ces derniers mois. Mais je vais rencontrer dans les prochains jours les représentants des cantons pour remettre le dossier à plat et tenter de rebâtir une union sacrée autour d’une seule et unique solution à soumettre au Parlement. Il faut sortir du chaos actuel, qui nous a plutôt éloignés d’une solution équilibrée et majoritaire. Il en va de la cohésion nationale.
– Vous voulez dire que les pressions de votre camarade socialiste Pierre-Yves Maillard et les résolutions prises par plusieurs Parlements cantonaux sont contre-productives?
Encore une fois, je comprends ces réactions fâchées, alors que le problème a été reconnu il y a plusieurs années et une solution discutée. Mais, en politique fédérale, on obtient rarement des majorités avec des menaces. En durcissant trop les fronts, on crée souvent plus de problèmes qu’on n’en résout. Et il faut bien voir que le chaos actuel ne fait que favoriser ceux qui estiment qu’il ne faut rien faire.
– Menacer de ne plus verser sa part à la péréquation financière entre cantons, comme le fait Genève, n’est donc pas une bonne idée?
Non, je ne ferais pas un tel lien entre un problème du passé à régler et l’équilibre financier à assurer entre cantons. Il faut faire très attention avec cette approche, qui n’engage pas notre pays sur la bonne voie.
– Les 26 directeurs cantonaux de la Santé disent s’être mis d’accord sur un mécanisme de remboursement différent de celui proposé par le Conseil fédéral. Pourquoi ne pas les avoir suivis?
Cette solution, basée sur une ponction dans les réserves des caisses maladie, est arrivée tard et elle n’a visiblement pas convaincu la commission du Conseil des Etats. Elle a même renforcé la tendance à refuser toute solution au motif que les cantons ne sont pas eux-mêmes au clair. Il faut se souvenir que, en août dernier encore, une majorité de cantons soutenaient le modèle du Conseil fédéral.
– Vous allez donc vous en tenir à votre modèle, qui consiste à effacer l’ardoise en jouant sur la redistribution de la taxe CO2 sur les primes?
Je n’exclus aucune possibilité, y compris de remanier le projet avec le Conseil fédéral. Mais, jusqu’ici, personne n’a proposé un modèle plus simple à appliquer et qui a l’avantage de ne pas faire augmenter les primes des assurés des cantons qui ont connu des primes trop basses par le passé. C’est uniquement le rabais sur la taxe CO2 qui serait touché. Par ce biais, la moitié des 2 milliards de primes payées en trop pourra être redistribuée.
– Au fait, pourquoi ne rembourser que la moitié? Dans un magasin, une erreur de caisse est restituée entièrement au client, non?
Ce rééquilibrage à 50% est un compromis. Aujourd’hui, ce qui menace, c’est le non-remboursement, et je ne le veux pas!
– Mais, excusez-nous d’insister, n’est-ce pas de votre faute si la confusion règne en changeant les chiffres en cours de débat?
C’est dans la nature du système! Le total des primes payées en trop ou en insuffisance va continuer de changer au fil des mois et des ans par rapport aux coûts réels dans chaque canton.
– Cette machine infernale n’est donc toujours pas maîtrisée?
Avec la loi actuelle, nous n’avons effectivement toujours pas le pouvoir de corriger rétroactivement des primes qui se révéleraient trop élevées. C’est pour combler cette lacune que le Conseil fédéral soutient une révision de la loi sur la surveillance des caisses maladie. J’espère qu’elle sera rapidement adoptée par le Parlement.
– Les assureurs estiment que toute la faute revient à la Confédération qui a mal fait son travail de surveillance. N’est-ce pas un peu facile?
Disons que je prends les assureurs au mot. S’ils sont de bonne foi, ils doivent alors soutenir sans réserve mon projet de réforme. Il donnera enfin le pouvoir à l’Office fédéral de la santé publique de surveiller et de faire corriger au besoin les primes en fonction des coûts réels par canton.
– Ne vaudrait-il pas mieux changer tout le système et passer à une caisse unique?
Il faut en tout cas simplifier le système et mieux le surveiller. C’est ce que va proposer le Conseil fédéral dans les semaines à venir en mettant en consultation son contre-projet à l’initiative pour une caisse publique.
– Pour revenir à ces fameuses primes payées en trop, que dites-vous en conclusion aux assurés qui se sentent trahis?
Je peux les assurer que le Conseil fédéral veut que l’injustice soit réparée et qu’il ne déviera pas de cette ligne. Entre le débat en mars au Conseil des Etats et le traitement ensuite du dossier par le National, nous disposons d’un peu de temps pour rapprocher les positions de chacun. J’ai bon espoir. (Le Matin)
Créé: 01.02.2013, 07h29
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