Pourquoi les ministres suisses se ruent en Chine
«Cette nouvelle visite est la preuve que les droits humains sont complètement occultés par l'économie», s'indigne Isolda Agazzi d'Alliance Sud, qui regroupe les grandes oeuvres d'entraides suisses. «On s'en doutait, mais avec cette nouvelle visite d'Alain Berset, c'est patent!»
Trois millions de travailleurs forcés
Alliance Sud a émis de vives critiques sur l'accord de libre-échange commercial signé récemment entre la Suisse et la Chine. Le document ne fait aucune mention des droits humains. «C'est hallucinant, alors qu'on sait qu'il y a au moins 3 millions de travailleurs forcés en Chine et que la liberté syndicale n'y existe pas, pas plus que le respect des minorités», rappelle Isolda Agazzi.
Le conseiller national Jacques Neirynck (PDC/VD) estimait récemment que« l'on sacrifie le respect des droits de l'homme à l'intérêt commercial. La Chine est un partenaire extrêmement important mais aussi une dictature abominable. »
Planifié de longue date
Le voyage d'Alain Berset n'a rien à voir l'accord de libre-échange signé le mois dernier, expliquent les services du ministre de l'Intérieur. «L'invitation a été lancée il y a une année déjà par le précédent ministre chinois de la santé», précise Peter Lauener, porte-parole du Département Berset. Au menu de la visite: des partenariats hospitaliers et médicaux. Et dans le domaine de la culture, un accord sur le rapatriement des biens.
Christian Lüscher (PLR) ne comprend pas les critiques contre ce voyage, ni contre ceux des autres conseillers fédéraux: «Qu'est-ce qu'il faudrait faire? Donner des grandes leçons aux Chinois et rester ici?» demande le Genevois.
«La Suisse a réussi un tour de force en étant le premier pays européen à signer un accord de libre-échange avec Pékin, rappelle Christian Lüscher. Dans ce contexte les discussions sur les droits humains existeront, mais pas sous forme de déclarations tonitruantes», ajoute le genevois, membre de la commission de politique extérieure (CPE) du National.
L'impression de s'agenouiller
Le voyage du ministre interpelle dans son parti. Le conseiller national Carlo Sommaruga (PS/GE) l'admet: «Le signal politique donné par cinq visites d'Etat consécutives donne l'impression de s'agenouiller devant la Chine. J'ai interpellé Alain Berset à ce sujet, il m'a répondu que sa visite était prévue depuis longtemps et je le crois.»
Le conseiller fédéral parlera aussi de droits humains en Chine, assure son collègue de parti: «Je l'ai vivement invité à venir devant la fraction socialiste à Berne, après son voyage, pour nous tenir au courant des échanges sur ce thème avec ses interlocuteurs chinois.»
La méthode des petits pas
Également camarade de parti d'Alain Berset, le conseiller national Manuel Tornare (PS/GE) ne voit aucun problème dans cette visite: «Cela me paraît normal que les conseiller fédéraux se succèdent en Chine. Le pouvoir suisse est très dilué et les Chinois sont formalistes, très sensibles au protocole.»
La Chine est le troisième partenaire commercial de la Suisse et en passe de devenir la première puissance mondiale. «Dans ce contexte il est logique d'intensifier nos relations, pense Manuel Tornare. Les droits de l'homme et tous les messages relatifs à la démocratie doivent passer, mais avec la méthode des petits pas, la plus efficace», pense l'ancien maire de Genève. (Newsnet)
Créé: 14.08.2013, 07h11
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