«J'étais préparé à ce jugement»
Le docteur neuchâtelois condamné témoigne de son incompréhension, mais assume son choix. « Bientôt, un médecin ne pourra plus rien faire sans contrevenir à des dispositions légales. C’est comme si je continue un voyage en Absurdie», a réagi le Dr Philippe Freiburghaus, qui ne comprend pas la décision de la juge du Tribunal de police du Littoral et du Val-de-Travers à Boudry (NE). «On me reproche de ne pas avoir été assez loin dans le diagnostic, mais j’ai fait une anamnèse suggestive pour une maladie grave», complète-t-il. En effet, c'est durant une discussion d'une vingtaine de minutes au chevet de son patient que le Dr Freiburghaus avait identifié les symptômes de faux besoin et avait posé le diagnostic d'une tumeur rectale. Seul face à son choix
«Durant l'audience, j’ai eu l’occasion de souligner que mon patient se cachait sous sa couverture, il ne voulait pas que je le touche et n’était absolument pas disposé à ce que je le soigne ou lui fasse passer un examen. Cela n’a pas été pris en compte dans le jugement, tout comme le fait que mon patient était pressé de mourir. Il voulait mettre à exécution ses menaces de se suicider par ses propres moyens», raconte le médecin qui avait alors pris la décision de lui rédiger l'ordonnance de la substance létale.
Les proches du patient choqués
Les proches du patient se sont dits «choqués» et qui comme le médecin, sont dans l'incompréhension face à ce jugement. «J'y étais préparé, parce qu'il faut s'attendre à tout. Le jugement se base sur une loi selon laquelle le médecin doit bien connaître l’état de son patient. Mais dans la réalité, les médecins, nous sommes extrêmement souvent confrontés à des suspicions de diagnostic», ajoute le Dr Freiburghaus.
Une éthique qui n'aide pas
Le procureur Marc Rémy avait à la charge du médecin argumenté qu'il n'avait pas respecté les directives éthiques et a relevé le manque d'objectivité du diagnostic nécessitant des examens supplémentaires. «Dans l’idéal, bien sûr qu’il faudrait aller plus loin, mais les directives éthiques de l’académie des sciences médicales ne précisent pas non plus le degré de certitude diagnostique n'y les moyens pour y parvenir», justifie-t-il. Il assume toutefois son choix et est bien décidé à continuer la procédure: «Dès le début, mon avocat et moi pensions faire recours. La réalité ne peut suivre mot pour mot toutes les dispositions légales, sinon les médecins arrêteraient de travailler. »
(Le Matin)
Créé: 08.07.2013, 17h28
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