Comment expliquer ces délits?
Ils sont incontestablement liés à la suractivité de certains requérants d’asile, notamment les Tunisiens, mais aussi, plus marginalement, les Algériens et les Marocains. Pour nous, le Printemps arabe a engendré une très forte augmentation de la criminalité.
Pourquoi ces nationalités?
Ce n’est pas une question de nationalité. Dans les années 1990, on a eu des vagues de réfugiés venus à cause de la guerre en Bosnie et en Croatie, puis au Kosovo. C’étaient beaucoup des familles qui migraient. Les familles du Printemps arabe, je ne les ai pas vues. On a des hommes seuls, qui sont âgés entre 18 et 30 ans, et qui n’ont aucune chance d’obtenir un statut en Suisse. Il est juste impossible de les sociabiliser.
Pourquoi?
Ils n’ont aucun espoir de rester. Partant de là, on comprend bien qu’aucune règle ne peut s’appliquer. Et ils commettent des délits sériels sans aucune retenue, tous les jours. Il suffit d’un petit groupe d’individus pour déstabiliser tout le système. En plus, le nouveau Code de procédure pénale et le Code pénal – avec ses jours-amendes avec sursis – cela les fait doucement rigoler. Ils sont complètement imperméables à ce type de mesures.
Quelle proportion de ces requérants s’avère être des délinquants?
Cette année, les requérants tunisiens présents actuellement dans notre canton ont tous été identifiés comme auteurs d’infractions. Ensemble, on leur reproche avec des preuves solides 30% de toutes les infractions commises par des requérants d’asile. Pour cinq de ces requérants, nous avons, par exemple, pu prouver en tout 10 vols dans des véhicules. En réalité, ils en ont vraisemblablement commis des dizaines et des dizaines chacun. Très souvent, la police scientifique ne se déplace pas pour un vol, parce que le propriétaire a déjà tout touché et qu’il n’y a plus de traces.
Alors comment identifiez-vous les auteurs?
Lorsqu’on les arrête, ils nient tout, même l’évidence. Ils se moquent de la police. Nous les confondons donc soit grâce aux empreintes digitales, soit grâce à l’ADN. Nous avons de plus en plus de «hits» ADN. Malheureusement, nous n’avons pas l’ADN de tous les requérants.
Comment ça?
Selon moi, il faudrait récolter systématiquement le profil ADN de tous les requérants d’asile. Ou au moins celui des hommes seuls et sans papiers dont personne ne connaît la véritable identité. Cela nous aiderait énormément. J’espère que cette idée fera partie du catalogue de mesures qui sera discuté à la Conférence latine des chefs de justice et police. Les commandants des polices romandes et du Tessin sont en train de rédiger un rapport sur la forte augmentation des infractions au patrimoine en Suisse romande.
Des prélèvements d’ADN chez tous les requérants d’asile? Vous êtes sérieux? Cette mesure serait d’une dureté inédite.
Il n’y a rien de dur et je suis très sérieux. C’est même une mesure, dans une perspective de sécurité, que j’estime nécessaire. Il faut démystifier et dépolitiser le profil ADN. Ce n’est qu’une série de chiffres dans une base de données quelque part à Zurich, qui ne sont même pas reliés directement à une identité. Ce n’est qu’une fois qu’un délit est commis que la machine se met en marche, lorsqu’une correspondance existe avec une trace. En plus, on prélève bien les empreintes digitales chez les requérants d’asile. Alors pourquoi pas l’ADN? Ce n’est pas plus invasif, je ne vois pas le problème.
Au-delà de la question éthique, de tels prélèvements, sur des milliers de requérants, cela va coûter très cher.
Pas du tout. C’est un moyen que l’on peut facilement introduire dans la loi. Lorsque des délits sont commis en série sans pouvoir identifier leurs auteurs, cela coûte beaucoup plus. Il faut à chaque délit envoyer deux gendarmes sur place, ils doivent écrire un rapport, ensuite il faut éventuellement mobiliser la police scientifique, etc. Une petite région comme le Jura est passée de moins de 10 affaires par mois à plus de 70; cela en fait quand même 700 après dix mois. Au bout du compte, les coûts sont gigantesques. Sans compter que des délits à la propriété sont parfois accompagnés de faits plus graves, comme des lésions corporelles ou des viols. Cela crée un sentiment d’insécurité et une xénophobie qui me préoccupent et le sentiment d’impunité qu’éprouvent ces gens devient juste insupportable. Car ce sont presque toujours des multirécidivistes. (Le Matin)
Créé: 18.08.2012, 23h00
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