vendredi 31 août 2012

Une étude rend l'armée bon marché

L’armée est utile d’un point de vue économique et finalement pas si chère. Une analyse veut le prouver. Mais ses calculs et sa méthodologie suscitent de vives critiques. Exercice surprenant pour l’armée suisse. Une commission «indépendante» – mais composée uniquement de soldats de milice nommés par le ministre Ueli Maurer – s’est penchée sur l’utilité de l’armée, au niveau économique. Elle a présenté les résultats de son étude hier à Berne.

Elle conclut qu’avec un coût annuel d’environ 7,2 milliards de francs pour des effets positifs d’environ 5,8 milliards de francs (voir chiffres ci-dessous), la grande muette nationale est relativement bon marché en comparaison internationale et légitime d’un point de vue économique. Et puis, dit-elle, il n’y a pas d’alternative civile équivalente pour protéger la population contre les risques majeurs que sont une catastrophe environnementale, une attaque terroriste ou une guerre. Mais la commission se défend d’avoir fait part d’une quelconque subjectivité. «Notre but n’était pas politique mais factuel», souligne Maurice Eglin, colonel EMG et membre de ladite commission.

Des facteurs discutables

Pour rendre leurs calculs compréhensibles, les officiers supérieurs ont comparé l’armée à une «assurance sécurité» et ont listé des effets positifs et négatifs très divers. Côté positif, par exemple, les experts ont chiffré à 300 à 400 millions de francs le gain annuel pour l’économie nationale à travers l’augmentation de la productivité des militaires dans leur vie de tous les jours. «Il y a plusieurs études qui le prouvent», a indiqué le colonel Bruno Basler, membre de la commission. Dans les effets négatifs mais non quantifiables, on citera la «souffrance» liée à l’obligation de servir. «Car certaines personnes n’aiment pas vivre loin de chez elles.» Des facteurs divers donc, au point de faire beaucoup sourire le docteur en sciences économiques et élu socialiste lausannois Samuel Bendahan. «La méthodologie choque. Les auteurs disent de leur propre aveu que beaucoup de choses ne sont pas quantifiables, notamment des postes importants, mais ils se livrent quand même à l’exercice!» indique-t-il. L’étude ne peut ainsi pas chiffrer l’impact environnemental de l’armée dans les effets négatifs, mais attribue 200 à 300 millions de francs d’effets positifs pour la TVA et autres recettes fiscales payées par l’armée. «Si l’Etat me donne 6 milliards, je peux payer des gens à ne rien faire, dépenser des budgets et m’acquitter de la TVA! Ce rapport coûts/bénéfice global ne fait pas beaucoup de sens. Il aurait mieux valu faire l’analyse par secteurs, de manière à dégager les tâches utiles ou inutiles», poursuit le Vaudois.

Pour le conseiller fédéral Ueli Maurer, au contraire, le document peut servir de base de discussion pour l’avenir. L’utilité de l’armée semble être condamnée à rester une question d’appréciation politique.

Précisons que cette étude n’a rien coûté, la commission de milice a travaillé à l’œil, ayant à cœur de servir la patrie. (Le Matin)

Créé: 31.08.2012, 07h25

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