mercredi 5 septembre 2012

A partir de quand est-on un journaliste acheté?

Des journalistes suisses alémaniques ont reçu une enveloppe de 500 francs pour participer à un séminaire sur le tourisme. L'affaire fait des vagues et pose la question des limites. Où se trouve la ligne rouge à ne pas franchir? Un journaliste peut-il accepter du cash de la part d'une entreprise pour un séminaire informel? Voilà les questions qui agitent le milieu journalistique suisse-alémanique depuis que l'affaire de l'enveloppe à 500 francs a éclaté.

De quoi s'agit-il? Des journalistes, spécialisés dans le tourisme, ont été invités à participer à une table ronde avec des entreprises du secteur. Une société marketing s'est chargée d'organiser le tout. Lors de l'événement, qui s'est tenu récemment, chaque journaliste a reçu une enveloppe avec 500 francs dedans, comme le raconte la dernière édition du Sonntag.

Pas de quoi fouetter un chat

Pour l'organisateur, Fiorenzo Fässler, il n'y a pas de quoi fouetter un chat. Il voulait attirer les meilleurs journalistes de la branche et il trouve normal qu'ils soient défrayés. Il souligne qu'il ne s'agissait pas d'une conférence de presse.

Tout le monde ne partage pas cet avis. Le rédacteur en chef du Bund, qui est aussi responsable de la partie touristique, a refusé d'emblée d'être payé. Il explique qu'il est venu par intérêt professionnel, sur ses heures normales de travail et donc qu'il n'a pas à toucher un centime.

«Ce versement d'argent est contraire à mes principes journalistiques», a-t-il déclaré à Sonntag. D'autres journalistes ont eu moins de scrupules. Ils ont encaissé l'argent ou l'ont versé dans la caisse de leur rubrique pour un repas de fin d'année.

Indignation et sarcasme

Ces révélations ont fait jaser en Suisse alémanique. Indignation de la majorité des journalistes et sarcasme de certains politiciens. Le conseiller national PS Cédric Wermuth a posé la question suivante sur twitter: «chers journalistes indépendants, pouvez-vous aussi véhiculer une image positive de moi pour 20 francs ou cela doit-il forcément me coûter 500 francs?»

Un milieu professionnel qui verse de l'argent à un journaliste censé couvrir ensuite impartialement ce même secteur, l'affaire est délicate. Mais pas vraiment nouvelle si on excepte le versement en cash.

Les médias suisses acceptent depuis longtemps que leurs journalistes se fassent inviter, tous frais payés, par des agences de voyages ou des offices du tourisme. Il s'agit de remplir à bon compte les pages touristiques des journaux dont les finances sont à la peine.

La pratique des «ménages»

Il y a aussi la pratique ancienne des «ménages». Sur leur temps libre, des journalistes, principalement de la TV en raison de leur notoriété, animent contre rétribution des séminaires ou des événements d'entreprises ou de l'administration. Un mélange des genres qui peut aussi poser problème.

Il n'est pas toujours aisé de tracer la ligne entre ce qu'il faut accepter et ce qui est indéfendable. Même au sein des journalistes, les avis divergent entre les «puristes», qui refusent par principe tout ménage, et les «pragmatiques», qui assurent pouvoir concilier ménage et indépendance.

Et les cadeaux?

Qu'en est-il des cadeaux reçus par les journalistes? Ils sont autorisés sous condition. «Seuls les cadeaux modestes, dont on peut parler ouvertement, et les gestes de politesse généraux (bouteilles à Noël, etc.) ne posent pas problème», note le Conseil de la presse. Ce dernier, dans ses prises de position, recommande la prudence en toute circonstance: «Ceux qui offrent des cadeaux essaient parfois d’influencer le compte rendu ouvertement ou discrètement. Les journalistes devraient résister aux tentations et éviter l’apparence du lien privilégié ou de la corruptibilité.» (Newsnet)

Créé: 05.09.2012, 09h52

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