Bienne est aussi la seule ville où ce taux a augmenté de 2007 à 2011, alors que le chômage (3,8% en juillet) y est certes un peu plus élevé que la moyenne suisse (2,7%), mais pas catastrophique. Le plus frappant est la forte proportion des jeunes: 22,6% des moins de 17 ans et 12,3% des 18 à 25 ans reçoivent une aide sociale, soit deux fois plus qu’à Bâle ou Berne.
L’explication de l’UDC locale ne s’est pas fait attendre. «C’est la gauche au pouvoir à Bienne depuis le siècle dernier qui a transformé la ville en Eldorado pour assistés sociaux», affirme un communiqué où l’UDC fixe pour objectif de réduire le taux à 6% en une législature.
«Foutaises!» rétorque Patrick Calegari, membre du Conseil de ville et candidat à l’Exécutif sur la liste bourgeoise: «Ville ouvrière et bilingue, avec sa position centrale sur le Plateau, Bienne attire une population défavorisée venant de différentes régions de Suisse.» Nidau et Granges seraient d’ailleurs dans la même situation, Neuchâtel pas loin.
Directeur des affaires sociales pour quelques mois encore, Pierre-Yves Moeschler souligne la pléthore de logements bon marché qui «favorise une certaine immigration de personnes en situation précaire». Il cite une autre statistique frappante: la capacité fiscale par habitant est de 545 francs à Bienne, de 944 francs à Lausanne et 1627 francs à Zurich. A partir de là, les explications divergent. Pour le socialiste Pierre-Yves Moeschler, «il n’y a aucune raison de culpabiliser face à ces chiffres. C’est une réalité, et nous avons l’obligation constitutionnelle d’aider les gens dans le besoin». Des programmes de réinsertion? Bien sûr, il en cite plusieurs qui ont relancé «quelques dizaines de jeunes» dans le circuit professionnel. «Ce n’est pas ça qui fera baisser la statistique par rapport aux 5000 personnes assistées à Bienne», ajoute-t-il, tout en se défendant de céder au fatalisme.
Patrick Calegari, qui ne cache pas son intérêt pour reprendre les affaires sociales, n’est pas d’accord: «La politique de la ville n’a pas été assez ferme. Il manque du personnel pour étudier les dossiers à fond, et les jeunes ne sont pas assez suivis.» Garagiste et président des PME de Bienne, il dit n’avoir reçu aucune visite ou lettre de Pierre-Yves Moeschler en huit ans pour agir ensemble avec les entreprises de la région. «Les stagiaires que nous accueillons arborent souvent une tenue qui décourage de les engager, tutoient leurs interlocuteurs ou ne savent pas compter. S’ils étaient mieux préparés, on pourrait valoriser leur travail et les valoriser à leurs propres yeux.» Le conseiller d’Etat socialiste Philippe Perrenoud, en charge de la prévoyance sociale pour le canton, renvoie la balle aux milieux économiques: «Lors du dernier sommet social, les chefs d’entreprise étaient peu présents, ou semblaient se satisfaire d’une société où les nobles côtoient les valets.» Son discours est plus combatif que celui de Pierre-Yves Moeschler: «Il faut d’abord sortir du déni de pauvreté.» Un rapport de ses services estimant que 12% des ménages du canton de Berne sont pauvres ou menacés de le devenir a ouvert le débat. Les écarts de revenus se sont creusés entre 2001 et 2008, conclut une deuxième étude.
Des états généraux?
Celle-ci consacre un chapitre aux jeunes et constate que la moitié des assistés ont tout juste fini l’école obligatoire. Par ailleurs, «l’expérience montre que la pauvreté se transmet de génération en génération», dit Philippe Perrenoud. Les familles monoparentales finissent souvent à l’assistance, le divorce est «une catastrophe sociale», ajoute Pierre-Yves Moeschler.
Comment traduire ces constats en mesures politiques? Patrick Calegari veut «améliorer la collaboration entre les entreprises et les services sociaux» tout en renforçant les contrôles. Cédric Némitz, candidat socialiste à l’Exécutif biennois et pressenti pour succéder à Pierre-Yves Moeschler, réclame des «états généraux» pour «fédérer tous les secteurs susceptibles de lancer de nouvelles initiatives». Adrian Dillier, président de l’UDC, veut généraliser le recours aux «détectives sociaux», réduire le coulage dans le marché du logement bas de gamme et utiliser à fond les programmes d’occupation. «Si Bienne assumait seule sa facture sociale, celle-ci aurait diminué depuis longtemps», affirme-t-il. (Le Matin)
Créé: 02.09.2012, 09h26
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