jeudi 6 décembre 2012

Faut-il vraiment un président en Suisse?

Le Parlement a trouvé un compromis. Ueli Maurer s’est fait élire «président de l’intérieur». Tandis que Didier Burkhalter sera le «président de l’extérieur». Malgré son peu d’enthousiasme pour la fonction, son manque de collégialité affiché en début d’année et ses récentes déclarations antieuropéennes, Ueli Maurer a été élu hier président de la Confédération par 148 voix sur 202 bulletins valables. Un résultat parmi les plus faibles de ces cinquante dernières années, mais moins pire qu’annoncé. La polémique autour de son élection, qui durait depuis des mois, s’est finalement dégonflée. Même le groupe socialiste a fini par le soutenir. En réalité, les parlementaires s’étaient faits à l’idée d’élire une sorte de demi-président, qualifié de «président de l’intérieur».

Son élection fut donc une formalité, «sans héros, ni martyr» selon le mot de Dominique de Buman (PDC/FR). Le Parlement savait qu’il allait ensuite plébisciter à la vice-présidence le chef du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), Didier Burkhalter. Avec 205 voix sur 219 bulletins valables (le meilleur résultat depuis Willy Ritschard en 1976), il est apparu comme la face positive de cette double élection. Le Neuchâtelois sera le «président de l’extérieur». Hier matin, Christoph Blocher (UDC/ZH) lui-même avalisait cette stratégie du partage des rôles.

Année difficile avec le Gripen

Dans le camp socialiste, ce compromis a été vu d’un bon œil. Membre de la Commission de politique extérieure du Conseil des Etats, Didier Berberat (PS/NE) saluait cette solution: «Depuis longtemps il y a un partage des tâches entre le DFAE et la présidence, mais Ueli Maurer laissera davantage de champ au ministre des Affaires extérieures. C’est une bonne chose et il faudra surtout qu’il évite les petites phrases négatives à propos de l’Europe, car elles font des dégâts à Strasbourg et à Bruxelles.»

Certains, comme le conseiller national Alain Ribaux (PLR/NE), voyaient dans cette solution un grand avantage: «Didier Burkhalter pourra presque faire les deux ans de présidence que le Parlement a refusé dans la réforme de l’Etat.» «Chacun est à l’aise dans son rôle», enchaînait son collègue Yvan Perrin (UDC/NE). Mais il n’est pas certain qu’Ueli Maurer assume le plus facile: «Ce sera une année difficile pour lui, continue-t-il, avec le Gripen et les problèmes au Service de renseignement.» Et d’envoyer une pique à son conseiller fédéral UDC: «Evidemment qu’il ne faut pas s’attendre à un président brillant qui rayonnerait comme Micheline Calmy-Rey sur la scène internationale.»

La Suisse romande au menu

Ueli Maurer semblait l’avoir entendu. A l’heure de la réception, il n’a lâché que quelques minces déclarations: «Dans cette fonction de président, il s’agit surtout d’être efficace dans la gestion des affaires, le glamour n’a pas la priorité.» Il a promis cependant de se «déplacer volontiers pour représenter la Suisse». Mais c’est en Suisse, dont il veut «défendre l’indépendance», qu’il se sentira à l’aise. A la question du «Matin» de savoir s’il allait venir souvent en Suisse romande, il a répondu: «Aujourd’hui déjà, je suis souvent sur des places d’armes. J’ai des bons contacts aussi avec les gouvernements du Valais, de Vaud et de Genève, ou avec les sociétés internationales du sport à Lausanne. Mais avec la population je veux améliorer le contact durant cette année.»

Comme le faisait remarquer Didier Berberat: «On se trompe parfois sur lui, je l’ai vu à l’œuvre lors du sommet de la francophonie à Kinshasa, quand il veut, il peut…» On ne demande qu’à le croire! (Le Matin)

Créé: 06.12.2012, 07h40

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