jeudi 10 janvier 2013

Le Tamiflu, un médicament en voie de disparition en Suisse

10.01.2013 18:53 La prescription du Tamiflu diffère grandement selon les continents. [SAKCHAI LALIT - Keystone]La prescription du Tamiflu diffère grandement selon les continents. [SAKCHAI LALIT - Keystone]
Alors que la grippe saisonnière gagne du terrain, les prescriptions de Tamiflu, cet antiviral développé par Roche, sont devenues marginales en Suisse. Au contraire, le Canada annonce qu'il va puiser dans ses réserves. Le point sur l'usage de ce médicament très controversé.

En 2009, les réserves de la Confédération, des cantons et des pharmacies étaient pleines de Tamiflu, l'antiviral de Roche recommandé par l'OMS (Organisation mondiale de la Santé) pour lutter contre la grippe H1N1. Aujourd'hui, la plupart de ces doses ont été détruites et nombreuses sont les pharmacies qui n'ont carrément plus aucune boîte de Tamiflu en stock.

Aussi contre la grippe saisonnière

Le médecin cantonal Philippe Sudre confirme que le canton de Genève ne dispose plus de stock. "En 2009, nous avions déjà beaucoup hésité à acheter du Tamiflu mais il y avait beaucoup de pression". Le canton avait alors acquis 900 boîtes, détruites depuis pour cause de péremption.

Maintenant que le risque du H1N1 est loin, le Tamiflu peut être administré contre la grippe saisonnière, comme c'est le cas en Asie et en Amérique du Nord. Il est alors censé éviter les complications pour les personnes à risques et réduire d'un ou deux jours la période de maladie pour les personnes bien portantes.

Efficacité "pas phénoménale"

En Suisse en revanche, la prescription du Tamiflu est marginale car "son efficacité n'est pas phénoménale", précise le Dr. Philippe Sudre. Il est plutôt réservé aux personnes à risques, tels que les enfants, les aînés, les femmes enceintes et les malades chroniques, car il éviterait les complications.

Autres désavantages: il doit être administré très tôt, il peut provoquer des effets secondaires et n'est pas remboursé par l'assurance de base. Selon un rapide sondage, les pharmacies genevoises n'ont d'ailleurs plus aucun stock. Certaines n'ont plus vendu de Tamiflu depuis 2009, année de la grippe AH1N1.

Pratiques contraires hors d'Europe

Outre-Atlantique et en Asie au contraire, l'usage du Tamiflu est plus répandu. Pour preuve, le Canada, qui fait face à une importante vague de grippe, a annoncé le 8 janvier qu'il devait puiser dans ses réserves afin d'éviter une pénurie de Tamiflu en cas d'épidémie. Il s'agit d'une mesure exceptionnelle dans l'attente d'un nouvel arrivage, attendu en février, ont indiqué les autorités.

Aux Etats-Unis, également touchés par l'épidémie, une partie de patients qui consultent demandent à être traités avec l'antiviral afin de raccourcir le temps de maladie. Et le Tamiflu a encore de beaux jours devant lui. Fin 2012, la Food and Drug Administration a autorisé l'utilisation du médicament pour lutter contre la grippe aiguë chez le nourrisson de plus de deux semaines. Il devient ainsi le seul antiviral autorisé chez les patients de tous les âges.

Frilosité, voire défiance

Comment expliquer ces approches différentes? "Difficile à dire, selon le docteur en biologie Yves Thomas du Centre national de référence de l'Influenza. "Il s'agit peut-être d'une différence de culture et d'approche de la maladie". Plusieurs responsables interrogés soulignent que le Tamiflu provoque une certaine frilosité, voire de la défiance, en Europe et en Suisse, où son efficacité limitée et ses effets secondaires font débat.

De plus, la prévention contre la grippe en Suisse passe par la vaccination, et non par des antiviraux, explique le pharmacien cantonal genevois Christian Rober. D'autres font le choix du Tamiflu, par exemple certains pays asiatiques où il est difficile d'organiser des campagnes de vaccination.

Selon Roche, "plus de 90 millions de personnes dans le monde, originaires de plus de 80 pays, ont reçu du Tamiflu sur prescription médicale pour le traitement ou la prévention d'une infection grippale". En 2009, le médicament a rapporté 3,2 milliards de francs dans les caisses du groupe helvétique. Un an plus tard, ce chiffre est tombé à 873 millions. Mais au total, les estimations évoquent 12 milliards pour Roche sur les dix dernières années.

Cécile Rais



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