mercredi 20 février 2013

L'épouse d'un ambassadeur suisse citée dans une enquête espagnole

20.02.2013 15:44 La police espagnole a intercepté des conversations téléphoniques d'une épouse d'un Ambassadeur suisse. [DR]La police espagnole a intercepté des conversations téléphoniques d'une épouse d'un Ambassadeur suisse. [DR]
La police espagnole a intercepté des conversations téléphoniques entre une membre d'un réseau de blanchiment d'argent et l'épouse d'un ex-ambassadeur suisse, révèle la RTS. La femme du diplomate a réceptionné et distribué des enveloppes d'argent liquide à Genève.

Les ramifications suisses de l'enquête "Emperador" de la police espagnole continuent de s'étendre. L'épouse d'un ancien ambassadeur de Suisse apparaît dans le dossier d'investigation auquel a eu accès la RTS. Son mari, bien qu'à la retraite, dispose toujours d'un mandat du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE).

Les enquêteurs ibériques jugent, selon leurs termes, qu'elle était "la dépositaire ou le "coffre-fort" de sommes en liquide, servant ainsi de chaînon intermédiaire entre l'origine et le destinataire des fonds lorsque ceux-ci passaient par la Suisse".

Parmi les nombreuses conversations téléphoniques interceptées apparaissent régulièrement entre décembre 2011 et mars 2012 des échanges entre Malka M.* - soupçonnée par les autorités ibériques d'être l'une des principales responsables d'un réseau international de blanchiment et emprisonnée depuis octobre dernier - et Madame G.*, mariée au diplomate suisse.

Rendez-vous dans des hôtels genevois

Lors de discussions interceptées au printemps 2012, Malka M. charge l'épouse de l'ambassadeur de récupérer des enveloppes d'argent liquide - une somme de 200'000 euros est évoquée - lors de divers rendez-vous dans des hôtels de luxe de Genève - Le Mandarin Oriental ou le Métropole. D'autres rendez-vous sont fixés pour la remise des sommes à des coursiers du réseau, parfois dans des lieux incongrus, comme une pharmacie du quartier de Saint-Jean, toujours à Genève.

Les retranscriptions de la police espagnole laissent également entrevoir le déroulement des échanges. Ainsi, G. se plaint auprès de son interlocutrice des méthodes d'une personne lui ayant remis un paquet, "un clown", selon elle.

"Il voulait me donner l'argent directement - comme ça - au milieu du restaurant (de l'Hôtel Mandarin, ndlr). Je lui ai dit d'aller aux toilettes et de mettre le cash dans une enveloppe", raconte-t-elle alors que des fonctionnaires ibériques écoutent sa conversation.

Naïveté prêchée

Contactée par la RTS, Madame G. n'a pas nié l'existence de ces transactions. Cependant, à travers Me François Roulet, avocat du couple, "elle affirme qu'elle ignorait totalement que ces services relevait d'une activité illégale et qu'elle croyait de manière naïve rendre service à une connaissance". Elle assure par ailleurs que son mari ne connaissait rien de ses rapports avec Malka M.

Cependant, sur ce dernier aspect, une phrase extraite des écoutes laisse penser que l'ex-ambassadeur pouvait connaître l'existence d'activités "délicates". Ainsi, réticente à rendre un nouveau service à Malka M., Madame G. a affirmé à sa connaissance vieille de 20 ans: "Mon mari n'aime pas ça; des gens pourraient nous suivre".

La dernière mention de l'épouse du diplomate dans les documents policiers espagnols remonte à juillet 2012. Malka M., s'adressant à un coursier, annonce que Madame G. ne veut plus lui rendre de services.

La justice et le rôle des intermédiaires

Alors que deux banquiers genevois ont déjà été entendus, le procureur genevois Jean-Bernard Schmid - en charge du volet suisse de l'affaire Emperador - compte explorer le rôle joué par les intermédiaires sur le sol helvétique.

Au sujet de ces derniers, le magistrat a concédé à la RTS "qu'il est parfois étonnant de voir les risques que prennent certains intermédiaires, soit par méconnaissance, soit par une forme d’impunité en général. Certains le font à titre professionnel, d’autres pour rendre service."

Contacté au sujet de cette affaire et de son éventuel impact sur la diplomatie suisse, le DFAE n'a pas répondu aux sollicitions de la RTS.

Marc Renfer

*Noms connus de la rédaction

(Lire également: Une affaire de blanchiment éclabousse des banques genevoises)




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