mercredi 6 février 2013

«La démocratie directe peut être améliorée»

Le cycle de conférences Lift s’est ouvert mercredi à Genève avec une série d’interventions sur les dangers et les opportunités des nouvelles technologies pour la démocratie. Le système suisse en prend pour son grade. Entretien avec Maximilian Stern, politologue connecté. Les nouvelles technologies ouvrent des perspectives inédites dans le fonctionnement des démocraties. Si en Suisse on se pose la question du vote électronique, Internet et les réseaux sociaux ont montré leur efficacité pour faire tomber les dictatures du Printemps arabe.

C’est sur ce constat que s’est ouvert mercredi à Genève le cycle de conférence Lift. Parmi les orateurs, Maximilian Sterne, politologue et fondateur du think tank de politique extérieure suisse «foraus». Il nous explique pourquoi le modèle de démocratie collaborative marque le déclin de la politique partisane et relègue la démocratie directe au rang de gadget dépassé.

Le Matin :- La Suisse est très fière de sa démocratie directe et investit de sommes importantes pour promouvoir ce modèle à l’étranger. A vous entendre, ce modèle paraît totalement dépassé.

Maximilian Stern : Tout dépend de l’environnement. La démocratie directe fonctionne bien en Suisse, mais elle n’est pas exportable telle quelle dans tous les pays. Différents modèles sont nécessaires. Et lorsqu’on assiste à de profonds changements de régimes ou à des mouvements sociaux d’envergure, il est bon de se demander comment on peut améliorer la démocratie. Par exemple pour mieux intégrer les gens et les écouter.

C’est ce que vous appelez la démocratie collaborative?

Oui. Le concept est né en Allemagne autour du débat sur la sortie du nucléaire. Il s’agissait dans ce cas précis d’inclure les citoyens très tôt dans la réflexion sur les grands projets d’énergie renouvelable. En gagnant de la légitimité, le but est d’éviter par la suite les oppositions et les manifestations violentes qui bloqueraient tout le processus politique.

Comment cela se passe-t-il concrètement?

Nous avons développé plusieurs outils pour accompagner un processus de démocratie collaborative. Sa réussite implique notamment une information extensive et transparente sur les projets. En plus des forums et plates-formes virtuelles, un lieu physique doit également exister où débattre des différentes variantes et propositions de chacun. Dans tout le processus, Internent est mobilisé pour communiquer plus efficacement, toucher plus de personnes, récolter davantage de données et de mieux visualiser les projets.

Internet est un lieu de débat, mais c’est aussi le lieu de la cacophonie. Qui a le dernier mot dans la démocratie collaborative?

Sur internet, comme dans le système politique traditionnel, la démocratie collaborative doit avoir un cadre et des règles claires, sous peine de se transformer en terrain de jeu stérile. Il faut par exemple instaurer des limites de temps, et exposer de manière transparente qui décide de quoi. Il est important que le promoteur du projet reste ouvert sur le résultat de la procédure. La démarche ne doit pas rester une campagne de relations publiques

Et la Suisse devrait-elle en prendre de la graine?

Intégrer mieux les citoyens dans les processus d’élaboration et de décision politique ne ferait pas de mal à notre démocratie directe. Internet permet par exemple au gouvernement et à l’administration de communiquer de manier plus extensive et transparente. De se rapprocher du citoyen également, de lui donner la parole et de l’écouter. C’est d’autant plus important que les partis, acteurs traditionnels du monde politique, perdent sans cesse de leur représentativité.

Je préfère voir dans les nouvelles technologies une chance plutôt qu’un champ de dérives potentielles. Utilisées à bon escient, elles permettent même d’améliorer la démocratie directe. Elles en augmentent la légitimité et la rendent plus efficace. (Newsnet)

Créé: 07.02.2013, 07h24

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