mercredi 20 mars 2013

«La justice s'occupe enfin des enfants du divorce»

Un juge condamne un couple qui instrumentalisait ses enfants dans leur divorce. Réaction d’une avocate. Ils ont outrepassé la limite. Durant deux ans, un père et une mère en plein divorce ont dévasté leur propre famille. Tous deux se battant pour la garde de leurs trois filles de 11 à 15 ans, les impliquant dans des disputes et conflits incessants, les montant contre l’autre parent. «Ils ont agi par égoïsme et ont mis en danger le développement psychique de leurs enfants», a déclaré le président du Tribunal de police de Lausanne, qui les a condamnés à une peine pécuniaire de 25 jours- amendes à 30 fr. et des indemnités pour tort moral d’une hauteur de 3000 francs à chaque enfant.

C’est une première en Suisse, saluée par l’avocate genevoise Anne Reiser, spécialiste du droit de la famille et auteur du livre «Au nom de l’enfant». «Enfin, la justice reconnaît la souffrance des enfants de divorcés. Les cas de divorce où l’un des parents tente d’instrumentaliser l’enfant sont si nombreux. Et cette souffrance est totalement mise sous le tapis.» Et d’argumenter: «Quand des parents impliquent leurs enfants dans des disputes au moment du divorce, ou les montent contre l’autre parent, il est très juste et nécessaire que la justice leur dise qu’ils n’ont pas le droit de le faire.»

Aucune structure de soutien

Ces parents-là se sont trouvés dans le désarroi, ils ont demandé de l’aide, comme le souligne l’avocat de la mère, Matthieu Genillod: «Ils ont entendu les souffrances de leurs filles. Ils ont alors très vite tiré la sonnette d’alarme auprès du Service de protection de la jeunesse, de pédopsychiatres. Ils ont entrepris une médiation familiale, ainsi qu’une thérapie auprès du centre du CHUV les Boréales. Ils ont fait tout leur possible pour trouver des solutions, mais ils se sont retrouvés face à des spécialistes incapables de leur apporter de l’aide.» Ce qui n’étonne en rien la spécialiste Anne Reiser: «La société est organisée pour que la faute retombe sur les parents: aucune structure n’est adaptée pour les aider à gérer en urgence les crises aiguës liées à leur séparation. Il n’y a pas non plus de solutions judiciaires rapides qui, lors d’un divorce, épargnent les enfants des conflits qu’entraîne inévitablement une rupture conjugale.»

Répercussions graves

Des conflits peuvent mener à l’aliénation parentale, une maladie psychologique où «les parents utilisent l’enfant comme une arme contre l’autre, explique Nahum Frenck, pédopsychiatre. Il y a automatiquement une maltraitance psychologique. Les enfants se retrouvent dans un conflit de loyauté et ils ne sont bien nulle part, ni chez leur père ou leur mère. Ils n’auront plus confiance en aucun adulte.» Anne Reiser ajoute: «Il y a souvent un parent qui semble souffrir plus que l’autre et, instinctivement, l’enfant se rapprochera du plus souffrant: l’enfant s’allie automatiquement à celui de ses parents qui lui semble aller le moins bien. C’est le début de l’aliénation parentale.»

Si le Dr Nahum Frenck assure que «la reconstruction est possible», des études aux Etats-Unis montrent qu’à l’âge adulte ces enfants maltraités psychologiquement peuvent devenir sociopathes, codépendants, développent des addictions, ou sont suicidaires. Sans compter les dégâts sur les parents qui à trop vouloir s’acharner se retrouvent dans un désarroi sans nom. (Le Matin)

Créé: 21.03.2013, 05h49

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