Conditions précaires pour les soignantes d'Europe de l'Est
Ces femmes pour la plupart - ils ne sont qu'une poignée d'hommes - permettent à des personnes âgées et dépendantes de rester chez elles, d'éviter la contrainte d'aller dans un home, explique Sarah Schilliger. Elles lavent, cuisinent, font les courses, aident leurs patients à s'habiller et restent disponibles pendant la nuit.
Elles ne déchargent pas uniquement les proches parents. C'est aussi le système suisse de santé qu'elles soulagent.
Plusieurs milliers
En l'absence de statistiques, impossible toutefois de chiffrer l'ampleur exacte de cette réalité. La sociologue de l'Université de Bâle, spécialiste du thème «migrations pendulaires d'Europe de l'Est», évalue le nombre de ces femmes à plusieurs milliers, en augmentation constante. «Elles viennent avant tout de Pologne, de Hongrie et de l'est de l'Allemagne.»
Fréquemment âgées de plus de 45 ans et disposant souvent d'un diplôme d'une haute école, ces soignantes font la navette entre leur pays d'origine et la Suisse, où elles restent entre quelques semaines et trois mois. «Un travail extrêmement usant», juge Sarah Schilliger.
Ces migrantes dénichent leur emploi la plupart du temps via Internet ou des connaissances personnelles. De plus en plus d'agences de placement se spécialisent dans le domaine. «Une grande partie évolue dans la zone grise légale», poursuit la sociologue, qui a dénombré plus de 50 bureaux de ce type, suisses ou étrangers.
Un simple canapé pour lit
Les agences étrangères paient des salaires allant de 1200 à 1600 euros par mois. Les bureaux avec siège en Suisse se montrent un peu plus généreux, déboursant entre 2500 et 3500 francs bruts mensuels, desquels il faut ensuite déduire 990 francs pour le logement et la nourriture, indique Sarah Schilliger. Le revenu minimum légal suisse n'est donc souvent pas atteint.
En guise de logement, il arrive que certaines doivent se contenter du canapé du salon. D'autres constatent souvent en allant faire les courses que leurs dépenses demeurent bien inférieures au montant qui leur est déduit du salaire pour la nourriture. En outre, les soignantes sont disponibles 24 heures sur 24, mais le temps de présence, par exemple la nuit, n'est pas indemnisé.
Afin d'offrir une voix à ces migrantes soignantes et mieux défendre leurs droits, le Syndicat des services publics (SSP) a lancé en juin le réseau «RESPECT@vpod». Le SSP a par ailleurs appuyé une employée dans le dépôt d'une plainte devant le Tribunal civil de Bâle-Ville. Bien qu'elle ait été engagée pour 42 heures par semaine, elle devait rester disponible 24 heures sur 24.
Une étude publiée à ce sujet en juillet par l'Observatoire suisse de la santé révélait également les conditions précaires de ces soignantes. L'Obsan demande un débat public à ce sujet afin de récolter davantage de données et d'inciter les autorités à contrôler efficacement les conditions de travail des migrantes soignantes à domicile. (ats/Newsnet)
Créé: 06.08.2013, 09h23
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