Perquisition surprise à l'aube: le récit
En reportage au Festival du film de Locarno, Ludovic Rocchi n’était pas chez lui. C’est sa femme qui a vécu la fouille intégrale du domicile, cave et galetas compris. La voiture du couple a également été examinée. Interrogée sur son métier, questionnée sur ses habitudes, l’épouse a vécu des moments aussi désagréables qu’intrusifs. «Elle a été traitée en suspecte», s’insurge Ludovic Rocchi.
Le procureur neuchâtelois Nicolas Aubert est intervenu sur plainte du directeur de l’Institut de l’entreprise de la Faculté des sciences économiques de l’Université de Neuchâtel. Ce professeur est impliqué dans une série d’affaires qui minent l’institution depuis maintenant une année, dont plusieurs ont été révélées par «Le Matin». Une plainte pour diffamation, calomnie et violation du secret de fonction a été déposée contre Ludovic Rocchi, notamment.
Au terme de la perquisition, un ordinateur, un disque dur et des clés USB appartenant à l’épouse de Ludovic Rocchi ont été saisis. En ce qui concerne les biens du journaliste, les policiers ont emmené des CD, un disque dur et des carnets de notes. L’enquêteur du «Matin» a, lui, reçu la visite dans son hôtel de Locarno vers 9 h 30 de deux policiers tessinois. Mandatés par la justice neuchâteloise, ceux-ci avaient reçu pour mission de récupérer l’ordinateur professionnel du rédacteur. Bien décidé à défendre ses droits et à protéger ses sources, le journaliste a pris des dispositions pour mettre à l’abri son outil de travail. «Après avoir pris conseil auprès de notre service juridique, j’ai consenti à remettre mon ordinateur aux policiers», indique Ludovic Rocchi. Me Yves Burnand, avocat du «Matin», a alors exigé que des scellés soient posés sur tous les éléments saisis. C’est maintenant le Tribunal des mesures de contrainte qui devra décider si la justice peut examiner les ordinateurs. «Et nous sommes bien décidés à nous battre dans le cadre de la procédure pour qu’aucune information des éléments séquestrés ne soit dévoilée», a indiqué l’avocat. Une autre perquisition a eu lieu hier, cette fois dans le bureau d’un professeur de l’Université de Neuchâtel.
Journaliste serein
Prix Dumur 2010, Ludovic Rocchi a une solide expérience d’enquêteur et d’homme de terrain. Il lui en faudrait plus pour le déstabiliser. «Je connais parfaitement les règles du métier ainsi que ses limites. Je suis donc très serein quant au dénouement de cette affaire. Mais ce qui me choque profondément, c’est qu’on ose s’en prendre à ma vie privée et à mon épouse, qui n’a rien à voir avec mon métier.»
Le procureur Nicolas Aubert indique que c’est une plainte pénale déposée fin juillet qui a conduit à ces mesures. Mais un tel déploiement de forces, n’est-ce pas disproportionné? «C’était tout à fait proportionné étant donné les circonstances, réagit le procureur neuchâtelois. Comme il s’agit d’un journaliste, un expert informatique indépendant et quatre inspecteurs chevronnés et rompus aux enquêtes les plus difficiles sont intervenus.» Mais pourquoi s’en prendre au domicile privé? Parce que la justice croyait, à tort, que c’est là que Ludovic Rocchi travaille essentiellement. Des auditions vont avoir lieu, indique Nicolas Aubert. L’affaire ne fait que commencer.
(Le Matin)
Créé: 14.08.2013, 08h15
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