jeudi 18 avril 2013

«Aidons les mères à retrouver un emploi»

La Suisse est un enfer pour les mamans qui veulent revenir sur le marché du travail, dénoncent des élus, alors qu’une étude chiffre le phénomène pour la première fois. Elles seraient environ 13 500 Suissesses chaque année à vouloir retrouver un emploi, après avoir gardé leurs enfants pendant 10 à 15 ans. Le chiffre, nouveau, vient d’une étude de l’organisation faîtière Travail.Suisse, qui a recoupé différentes statistiques pour l’obtenir. Or rien ou presque n’est prévu pour ces personnes-là.

La situation choque des élus fédéraux. Parmi eux, la conseillère nationale Valérie Piller Carrard (PS/FR). Elle vient de déposer une initiative parlementaire pour faire toute la lumière sur le phénomène, démarche aussi soutenue par des élus UDC et PDC. «Je trouve ces chiffres conséquents! On sait que l’économie a besoin de personnes qualifiées. Mon idée est de demander d’abord des statistiques officielles, puis de prendre d’autres mesures pour compléter l’arsenal», indique la Broyarde.

Elle-même mère de deux enfants en bas âge, Valérie Piller Carrard a cessé son activité professionnelle en entrant au Conseil national. Et elle sait que réintégrer le marché du travail n’est pas chose facile. «Lorsqu’on arrête son activité professionnelle pendant 10 ou 15 ans, on est quand même en décalage avec la réalité professionnelle! Mais une remise à niveau peut se faire par voie de formation continue ou de stage», fait-elle remarquer. La jeune maman le voit autour d’elle: la vie est pleine d’imprévus, parfois tragiques, source de précarité particulièrement pour les femmes au foyer. «Personne ne sait ce qui va arriver dans sa vie: un divorce, la mort du conjoint. Il faut aussi dans ces cas-là être prêts à revenir sur le marché du travail rapidement.» Mais rien n’est moins simple.

«Il manque des aides financières, mais aussi des accompagnements suffisamment longs pour permettre à ces femmes de revenir sur le marché du travail. Elles sont souvent exclues de la loi sur l’assurance-chômage, n’ont pas la possibilité d’obtenir des bourses et ont perdu de la confiance. Du coup, souvent, lorsqu’une femme a besoin de manière urgente de retrouver du travail, elle va accepter n’importe quel emploi», explique Valérie Borioli Sandoz, responsable de la politique d’égalité à Travail.Suisse. Et il n’y a pas que cela. La reconnaissance sociale de la garde des enfants est quasi nulle dans une société qui glorifie le travail rémunéré.

«Le fait de travailler à la maison, de s’occuper de ses enfants n’est pas du tout reconnu au niveau professionnel! Quel employeur va juger le dossier d’une femme qui a passé 10 ans à la maison intéressant? Et pourtant, elles sont motivées, flexibles et prêtes à l’inattendu qu’elles ont connu au quotidien!» ajoute la responsable. L’étude de Travail.Suisse a secoué le cocotier: avec celle de Valérie Piller Carrard, au moins sept interventions parlementaires sont désormais déposées. L’écologiste Christian van Singer demande carrément la création de fonds de réinsertion. Sa proposition est elle aussi soutenue par des élus, de gauche comme de droite. Preuve que la politique familiale est bien le front chaud du moment. (Le Matin)

Créé: 19.04.2013, 06h19

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