Le PLR rémunère les personnes récoltant des signatures pour l'initiative sur «la protection de la sphère privée». Une pratique légale mais qui provoque des critiques. Faire campagne pour une initiative populaire peut rapporter. Le Parti libéral-radical (PLR) paie 2 francs par signature à toute personne faisant signer le texte «Oui à la protection de la sphère privée». Cette initiative lancée le 4 juin dernier par un comité de personnalités de droite vise à sauver le secret bancaire.
«La récolte rapporte 2 francs par signature mais seulement à partir de 50 signatures», précise Aurélie Haenni, porte-parole romande du PLR. «Ce système vise d'abord à encourager les sections locales à s'engager. L'idée est de contribuer à renflouer leurs caisses.» Mais n'importe quel quidam non militant peut aussi se lancer.
Le socialiste Jean Christophe Schwaab est scandalisé: «C'est détestable de voir qu'on remplace l'engagement politique par le fric», dit le conseiller national vaudois. «Au passage cela montre bien le niveau de ces gens qui veulent inscrire dans la Constitution le droit de tricher aux impôts.»
«Personne n'achètera le vote du peuple»
Vice-président du PLR, Christian Lüscher assume cet encouragement financier. «On sait que lancer une initiative coûte cher, alors qu'on investisse dans ce genre d'encouragement plutôt que dans des supports de promotion ne me gêne pas». Le Genevois estime que «le plus important est de mener cette initiative face au peuple. Et personne n'achètera le vote du peuple».
Cet encouragement financier gêne certains militants du PLR, rapportait Blick cette semaine. Certains se demandaient si le banquier zurichois Thomas Matter (UDC), un des pères de l'initiative, ne finançait pas l'opération. Le PLR dément toute participation du banquier privé. De son côté, l'UDC «ne paie rien et n'a pas pour pratique d'acheter des signatures», précise son secrétariat.
Une pratique légale
Le socialiste argovien Cédric Wermuth a déposé une interpellation parlementaire en 2012 pour dénoncer le phénomène. «Il y a de plus en plus d'associations ou de partis qui rémunèrent ces récoltes de signatures, s'inquiète-t-il. C'est la crédibilité de la démocratie qui est en jeu.»
Il admet que le PS ou les syndicats ont «dans le passé mandaté des personnes rémunérées pour faire ces récoltes, mais ce n'est pas la norme.» En tout cas, «le PS n'a jamais payé pour des signatures à la pièce», précise le Vaudois Roger Nordmann.
Le Conseil fédéral a rappelé l'an dernier que la pratique est légale, pour autant que les personnes qui signent ne soient pas elles-mêmes rémunérées. Le gouvernement soulignait qu'une initiative populaire requiert de toute façon des moyens financiers (estimés à 500'ooo francs).
Une interdiction serait difficile à faire appliquer, jugeait le Conseil fédéral: comment contrôler par exemple si les secrétariats des partis politiques vont récolter des paraphes pendant leurs heures de travail ou leur temps libre?
«Pas assez de bénévoles»
Les Verts-libéraux avouent avoir sorti le porte-monnaie pour leur initiative populaire déposée en 2012 («Remplacer la TVA par une taxe sur l'énergie»). «On donnait deux francs par signature aux militants des sections, mais l'argent allait aux sections et pas dans la poche des gens», nuance la Vaudoise Isabelle Chevalley.
«Sur le fond tout le monde est d'accord qu'il ne faudrait pas payer, estime-t-elle. Mais le problème c'est qu'on ne trouve pas assez de bénévoles qui s'engagent. Le PS et l'UDC ont beaucoup de militants et des thèmes faciles à expliquer. Ce n'est pas le cas du PLR et je comprends leur façon de faire.» (Newsnet)
Créé: 05.07.2013, 17h01
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