Maladie «familiale»
«Il a juste regardé sur Internet quels étaient les risques de cette opération, consulté ses proches et il s’est dit: «Pourquoi pas?» Norbert est mon héros», rigole Karine. «Grâce à elle j’ai enfin perdu du poids», plaisante l’intéressé. La citoyenne de Mollens (VS) était arrivée au bout d’une méchante polykystose rénale. Cette maladie génétique a frappé mortellement sa famille à de multiples reprises. «L’oncle Jules, Maurice, André, Sylvestre, Pierre et la tante Simone…» liste Norbert. «Et puis mon père qui en est mort il y a quelques années», rappelle la Valaisanne.
C’est d’ailleurs un peu grâce à lui que Norbert a décidé d’aider sa cousine. Les deux hommes s’appréciaient beaucoup. «A la mort de mon propre père, je n’avais que 12 ans et le père de Karine s’est alors beaucoup occupé de moi. Il m’a initié aux champignons et à la politique. Aider Karine était indirectement une façon de lui dire merci.» C’est d’ailleurs dans la forêt du Simplon, où les deux hommes traquaient bolets et chanterelles ensemble, que Norbert a reçu le coup de fil annonçant que sa cousine acceptait sa proposition de don d’organe. «J’ai pris ça comme un signe», dit-il.
Deux ans d’attente
Karine était de plus en plus fatiguée. «Je me couchais à 20 h 30 pour pouvoir assurer à 40% mon poste de collaboratrice administrative à la HES de Sierre. La moindre soirée entre amis me demandait deux longues nuits de repos préparatoire.» Deux ans et demi durant, la Valaisanne s’était efforcée de rester joignable dans l’attente d’un hypothétique coup de fil lui annonçant qu’un donneur était disponible. Mais pour elle comme pour des dizaines d’autres, cet appel n’est jamais venu. La Suisse manque en effet cruellement de donneurs. C’est pour remédier à cet état de fait à leur niveau que le duo a accepté de médiatiser son histoire. Dans un premier temps, c’est le mari de Karine qui devait donner son rein à sa femme, mais ils n’étaient pas compatibles. Après une batterie d’examens, Norbert a découvert que lui l’était bel et bien. «Il n’y a pas un centimètre carré de mon corps qui n’ait été inspecté pour s’en assurer, explique l’intéressé. Mais même là, il y a aussi des moments sympas. Comme quand une jolie dermatologue en blouse blanche et bas résille m’a inspecté de pied en cap et que j’ai dû penser très fort à mes impôts!»
Rires et crises de larmes
Karine rigole. La complicité entre les deux cousins est évidente. Quelques jours avant leur opération, ils organisaient encore une soirée champagne avec leurs amis et même la veille, ils se fendaient encore la poire couchés sur leurs lits des HUG. «Probablement pour exorciser la peur de ce 1% de chance que la greffe ne prenne pas», analyse Norbert. «On a passé cette première nuit d’hôpital ensemble, mais on n’a rien fait d’illégal, plaisante encore Karine. Même si j’ai gonflé au point d’avoir l’air d’être enceinte de 4 mois.»
L’après-intervention n’a pourtant pas été si rose. Norbert, assommé par la morphine, ne parvenait pas à articuler le moindre mot. Quant à sa cousine, l’opération a fait remonter en elle des choses à sortir. «Du coup, j’ai eu quelques crises de larmes, mais rien de grave. Surtout que mon nouveau rein s’est mis immédiatement à fonctionner correctement et c’est l’essentiel.» Norbert a perdu un rein mais il dit surtout y avoir gagné beaucoup. «Humainement, cela m’a rapproché de Karine et des membres de notre famille. J’ai reçu énormément de marques d’affection de mes collègues de travail. Cela m’a aussi permis grâce aux divers examens préparatoires de découvrir que j’avais un anévrisme, de mesurer la fragilité de la vie et de revoir mes priorités en conséquence.» (Le Matin)
Créé: 13.12.2012, 10h53
0 comments:
Enregistrer un commentaire