mercredi 12 décembre 2012

Les handicapés en force au Palais fédéral

Après deux semaines de lobbying au National, les invalides ont sauvé presque tout. «C’est étonnant d’avoir pu faire rentrer tous ces gens au Palais…» La conseillère nationale Maria Roth-Bernasconi (PS/GE) était admirative hier devant un bloc de quinze chaises roulantes qui s’étaient imposées dans la salle des pas perdus. Les membres de l’association Cérébral Valais, présidée par le conseiller aux Etats Jean-René Fournier (PDC/VS), s’étaient déplacés en nombre pour assister au débat sur la réforme 6b de l’assurance-invalidité (AI). Depuis le début de la session, tous les jours des handicapés ont fréquenté le Palais fédéral, jusqu’à agacer certains conseillers nationaux du camp bourgeois qui en avaient «marre» qu’on leur fasse «défiler des aveugles sous le nez».

Journée chargée en émotion

Cet intense lobbying a cependant porté ses fruits. Les milieux de défense des handicapés ont réussi hier à amortir la plupart des mesures visant à économiser jusqu’à 450 millions de francs dans cette réforme. Les diminutions des rentes pour enfants de handicapés (120 millions) et des frais de voyage (30 millions) ont été renvoyées par 97 voix à 90. Le calcul de la rente sera basé sur 80% du dernier revenu et non 70% (91 voix à 90). Enfin, une rente entière sera accordée à partir d’une invalidité de 70% et non de 80% (95 à 87).

Pour le seul handicapé du Conseil national, Christian Lohr (PDC/TG), cette journée était solennelle: «Nous luttons depuis des mois et des semaines contre ces coupes et aujourd’hui c’est la bataille fatidique. C’est une question éthique et de respect. Le Parlement ne doit pas descendre en dessous d'une certaine limite.»

En pouvant compter sur le PDC et en picorant des voix éparses à droite, les milieux pour les handicapés ont réussi leur pari. Même Oskar Freysinger, vice-président de l’UDC, a voté pour eux. Fâchés, certains conseillers nationaux s’en prenaient même au service du Parlement qui avait laissé entrer tant d’invalides. «Notre politique, rétorque la secrétaire romande d’Entraide Suisse Handicap, Mélanie Sauvain, était de les rendre visibles pour que les conseillers nationaux se rendent compte que lorsqu’ils coupent une rente il y a quelqu’un derrière. On les voit certes plus que les personnes en cravate qui représentent l’économie.»

Seul bémol: en acceptant le système des rentes linéaires plutôt que celui actuel des quatre paliers, le Conseil national a décidé par 107 voix contre 72 que les rentes existantes des moins de 55 ans devront être recalculées. 41 000 rentes seraient revues à la baisse, contre 23 000 à la hausse. L’économie escomptée est de 105 millions de francs. (Le Matin)

Créé: 13.12.2012, 06h47

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