jeudi 24 janvier 2013

Le pape a des locataires en Suisse

Le Vatican a investi de l’«argent fasciste» en Suisse. Résultat: des locataires lausannois ont le Saint-Siège comme propriétaire. En payant chaque mois leur loyer, des Lausannois enrichissent… le Vatican! Voilà le résultat concret d’une enquête conjointe de la HandelsZeitung et du Guardian, qui a publié lundi le volet britannique de l’affaire. Il y est question de secrets, de biens immobiliers appartenant au Saint-Siège et d’une montagne d’argent «fasciste» venant de Benito Mussolini.

Sous le titre: «Comment le Vatican a construit un empire de biens secrets avec les millions de Mussolini», le Guardian affirme que le Saint-Siège possède plusieurs biens immobiliers dans les quartiers chics de Londres ainsi que «des blocs d’appartements à Paris et en Suisse». Ce patrimoine est dissimulé derrière une structure compliquée de société, mais «le contrôle ultime est exercé par une société suisse, Profima SA», à Genève. La valeur de tout ce patrimoine «excède 500 millions de livres». Plus de 730 millions de francs suisses.

«Préserver le secret»

Bon. Mais où est le problème? Dans l’origine sulfureuse des fonds, selon le Guardian. Démontant le secret qui entoure le vrai propriétaire des biens, le journal estime que le Vatican veut «préserver le secret sur les millions de Mussolini.» L’histoire remonte aux accords du Latran, en 1929, entre le Vatican et l’Etat italien, représenté par le ministre fasciste Mussolini. Le Saint-Siège renonce alors à la souveraineté du pape sur l’Italie. En contrepartie, l’Italie verse comptant 750 millions de lires au Vatican. Pendant la Seconde Guerre mondiale, une partie de ce pactole est déplacée en Suisse. D’où, peu à peu, il servira à acquérir des biens immobiliers. Et le Guardian de souligner: «Si le secret sur les origines fascistes de la richesse de la papauté aurait pu être compréhensible en temps de guerre, ce qui est moins clair, c’est pourquoi le Vatican a ensuite continué à garder le secret sur ses avoirs en Grande-Bretagne.»

Un journaliste «astéroïde»

La réaction est tombée mardi: «Je suis estomaqué par l’article du Guardian, qui semble venir d’une personne qui fait partie des astéroïdes», a lancé le Père Federico Lombardi, porte-parole du Vatican, expliquant que les révélations du journal sont en fait «de notoriété publique depuis 80 ans»…

Et la Suisse dans tout ça? Fin octobre, la HandelsZeitung affirmait que le Vatican y détient «au moins neuf sociétés immobilières et une société d’investissement.» Précisant que les propriétés sont principalement à Lausanne: des immeubles ou blocs d’immeubles. Et de donner quelques exemples, comme les appartements des numéros 11, 13, 15 et 17 de l’avenue Florimont.

Dans le Registre du commerce, on trouve en effet la trace, comme administrateur de ces sociétés immobilières, d’un Paolo Mennini. Il dirige une unité spéciale du Saint-Siège nommée «division extraordinaire de l’APSA», pour Amministrazione del Patrimonio della Sede Apostolic, qui gère le patrimoine du Vatican.

Dans le même Registre du commerce, tout conflue encore et toujours vers Profima, à Genève. Gère-t-elle toujours les avoirs du Saint-Siège en Suisse? Combien vaut ce patrimoine? Joint hier, l’administrateur n’a pas répondu à nos questions. Même mutisme du côté des services de l’ambassadeur du Vatican en Suisse, le nonce apostolique Mgr Causero: «Pas de commentaires.»

Des Lausannois sont plus loquaces. «Les locataires qui vivent ici depuis longtemps ont entendu un jour ou l’autre que notre immeuble appartenait au Vatican», nous confie une habitante de l’avenue de Florimont. «Evidemment, se dire qu’on verse son loyer au Saint-Siège. c’est assez spécial… Mais je suis contente de mon appartement, donc ça ne me dérange pas.» (Le Matin)

Créé: 24.01.2013, 11h10

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