mercredi 16 janvier 2013

Permis à points à l'école: «C'est consternant!»

La gestion de la discipline par des «francs élèves» dans une classe de l’école de la Gradelle, à Genève, fâche des députés. Depuis la rentrée scolaire 2011, des élèves de 10-12 ans de l’école de la Gradelle reçoivent en début d’année un capital de 10 «francs élèves» sous forme de jetons en plastique. En cas d’indiscipline, les enfants doivent s’acquitter d’une amende définie selon l’ampleur de la faute (bavardage, violence, etc.). Le crédit épuisé, les parents sont alors convoqués par l’école. A l’inverse, un bon élève peut voir son capital augmenter. Selon la Tribune de Genève , qui a révélé l’affaire, ce concept a été proposé par l’institutrice puis approuvé par la directrice de l’établissement. Depuis une semaine, l’affaire agite les milieux de l’enseignement et les pédagogues. C’est aujourd’hui au tour de la classe politique de s’en saisir.

Conseil d’Etat interpellé

«Je ne comprends pas que l’on n’utilise pas ce qui a fait ses preuves: attribuer des notes de comportement. L’argent est un système qui permet de régler des achats de marchandises, mais pas de gérer des problèmes de discipline avec des élèves du primaire. Ce concept de «francs élèves» ou de «frêles» est tout simplement consternant.» Député PLR et professeur de philosophie, Jean Romain ne décolère pas. «Cette idée va totalement à l’encontre du bon sens», s’indigne-t-il.

L’élu va ainsi interpeller aujourd’hui le Conseil d’Etat pour qu’il mette fin à cette expérience. «Ce n’est pas en important une mode ou en remplaçant «francs» par «points» (ndlr: la direction de l’école envisagerait de modifier la terminologie du concept, selon «Le Courrier») que l’on va rétablir l’ordre dans une classe d’écoliers, assène l’élu. Je demande qu’on repense, à l’école, le principe d’autorité, mais avec les méthodes existantes et qui ont fait leurs preuves.» L’irritation de Jean Romain vise également le socialiste Charles Beer, conseiller d’Etat en charge du Département de l’instruction publique (DIP). «L’expérience dure depuis plus d’un an et il a déclaré ne pas être au courant, c’est hallucinant, ironise-t-il. On se demande à quoi servent ses directeurs d’école.» «Le député Jean Romain ayant annoncé qu’il allait interpeller le Conseil d’Etat par écrit, Charles Beer n’entend pas commenter cette affaire avant que la réponse écrite du Conseil d’Etat ne parvienne au Grand Conseil», répond May Piaget, secrétaire générale adjointe au DIP.

N’empêche. D’autres élus s’interrogent. Pour le député membre de la commission de l’enseignement Jean-François Girardet «ce système mercantile qui joue sur le pouvoir de l’argent est négatif». L’élu MCG précise qu’en tant qu’instituteur, «je n’aurais jamais accepté de l’appliquer». Une opinion que partage le député Vert Pierre Losio, retraité de l’enseignement. «La relation prof-élève doit avant tout être basée sur la confiance et la crédibilité de l’enseignant, explique l’écologiste. Jamais je n’aurais pu faire intervenir quelque chose de «matériel» dans une relation humaine.»

Cette nouvelle «Genferei» n’a sans doute pas fini de faire couler de l’encre. (Le Matin)

Créé: 17.01.2013, 07h32

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