jeudi 14 février 2013

«Stigmatiser des races de chiens ne sert à rien»

Pour Nadine Reichen, députée suppléante UDC/VS, les mesures prises contre les «chiens dangereux» en 2006 ne se justifient pas. Polémique. «Ces listes de chiens interdits ou dangereux ne résolvent pas le problème des morsures canines.» Nadine Reichen, députée suppléante UDC, donne le ton. C’est elle qui défendra aujourd’hui au Parlement valaisan une motion demandant une adaptation de la loi sur les chiens, et l’annulation des deux fameuses listes établies par le canton du Valais en janvier 2006.

Pour rappel, la première de ces listes interdit la détention de douze races de chiens. Quant à la seconde, elle répertorie des races dites potentiellement dangereuses avec obligation pour ces chiens d’être muselés et tenus en laisse hors de la sphère privée. Huit ans après l’entrée en vigueur de ces mesures, le débat sur leur efficacité est ainsi relancé. Et promet d’être animé. Car si, tout comme l’UDC, nombreux sont les détracteurs de ces mesures, d’autres en revanche estiment qu’on doit les maintenir en place.

Statistiques stables

C’est notamment le cas des élus du PDC. «Nous combattrons cette motion, car ces listes visent à assurer la sécurité des citoyens», se défend le député démocrate-chrétien Nicolas Voide, en ajoutant qu’elles ont «contribué à limiter les cas de morsures ces dernières années». Or, selon Nadine Reichen, «ceux qui pensent que ces listes font baisser les statistiques ont tout faux». Et ces fameuses statistiques... lui donnent raison! Comme le confirme le vétérinaire cantonal, Jérôme Barras, avec «des cas de morsure légèrement déclinants, mais qui demeurent toutefois stables». Ainsi, en 2011, 161 agressions canines ont été déclarées en Valais, dont 102 sur des humains. Et deux de ces cas seulement concernaient des chiens de races interdites.

Un seul responsable: le maître

«Il ne faut pas stigmatiser telle ou telle race de chiens, mais au contraire responsabiliser leurs détenteurs en s’assurant de leurs bonnes connaissances cynologiques et en vérifiant leurs capacités à se charger de leur animal», souligne encore la députée suppléante UDC. Un avis partagé par de nombreux spécialistes. A l’instar de Chantal Oberson, de la Ligue valaisanne pour la protection des animaux, pour qui «tout dépend de celui qui tient la laisse». Le vétérinaire cantonal admet, lui aussi, que l’information et la sensibilisation apportées aux propriétaires de chiens a permis ces dernières années une meilleure prise de conscience: «On ne détient plus un chien comme on le faisait il y a 40 ans.»

Retour en arrière

Et Nathalie Frizzi, présidente de l’Association valaisanne pour le respect du chien (AVPRC), de rappeler que plusieurs pays européens qui avaient établi des listes similaires sont revenus sur leur décision. «Interdits dès 1993 aux Pays-Bas, les pitbulls y ont de nouveau leur place depuis 1998, les autorités ayant constaté que leur interdiction n’a eu aucun effet sur le nombre d’accidents. Même constat en Allemagne, où la liste des chiens dangereux est sur le point d’être abolie.» Aux yeux de Nadine Reichen, tous ces arguments devraient suffire à convaincre le Parlement. Sans oublier qu’un premier pas dans ce sens avait déjà été fait, le 17 novembre 2011, par l’acceptation d’une motion en faveur d’une prothèse dentaire comme alternative au port obligatoire de la muselière. (Le Matin)

Créé: 15.02.2013, 07h20

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