On peut toutefois supposer que des personnes se réfugient en Suisse si nombre de leurs compatriotes s'y trouvent déjà. La quantité d'immigrés serait toutefois minime en comparaison avec les victimes du climat s'étant déplacées à l'intérieur des frontières ou ayant rallié les pays voisins, écrivent les experts dans une publication des Académies suisses des sciences.
Le changement climatique entraînera des famines, des guerres et d'importants flux migratoires, a-t-on averti de divers côtés. Les Nations-Unies ont estimé en 2005 à 50 millions le nombre de réfugiés climatiques en 2010. Le très controversé chercheur américain Norman Myers prédit même plus de 200 millions de migrants pour 2050.
Les 26 experts, qui exercent dans des disciplines telles que la géographie, le droit et la climatologie, s'opposent à ces sinistres prédictions: «ces scénarios catastrophes ne s'appuient sur aucune base scientifique.» Leur étude se fonde sur deux ateliers d'experts organisés par l'Académie des sciences naturelles, la commission pour le partenariat scientifique avec les pays en développement (KFPE) et la plateforme d'étude du climat ProClim.
Climat pas seule cause
Les scientifiques ne nient pas que des êtres humains seront chassés de leur région quand les tempêtes et les sécheresses se multiplieront et que le niveau des eaux grimpera, comme le prévoient la plupart des chercheurs. Près de 150 millions de personnes seraient touchées si le niveau de la mer montait de 0,5 à 1 mètre, dont 500'000 verraient même leur île se faire engloutir.
«Si l'on veut vraiment aider les victimes du changement climatique, on doit savoir pourquoi elles choisissent de rester dans leur région ou d'émigrer en cas de catastrophe», explique à l'ats Etienne Piguet, responsable du groupe de travail et géographe à l'Université de Neuchâtel. «Et pour cela il est insuffisant de se focaliser sur le seul climat.»
Pris au piège
Les chercheurs sont unanimes: il n'existe ni véritables réfugiés climatiques ni guerres climatiques, écrivent-ils. Les facteurs environnementaux d'émigration se combinent avec des facteurs économiques, sociaux et politiques. C'est pourquoi les personnes qui manquent de moyens pour émigrer sont souvent plus touchées par les crises que celles qui en ont la possibilité.
Elles deviennent les dénommés «trapped people» (personnes prises au piège), poursuit Etienne Piguet, par ailleurs expert en migrations pour causes climatiques. Les gens qui se réfugient dans les villes côtières, pourtant particulièrement menacées par le changement climatique, font partie de ce groupe.
Aide à la source
«Les études ne montrent aucun lien entre les bouleversements climatiques et la quantité de réfugiés débarquant en Europe», fait remarquer M. Piguet. Les pays industrialisés ne devraient pas avoir peur des vagues de migrants mais aider ces derniers à la source de la catastrophe, ajoute-t-il.
La Suisse ne doit donc pas devenir active au niveau de sa politique d'asile, mais de développement. Celle-ci s'orienterait vers la protection contre les catastrophes et l'aide à la reconstruction mais serait aussi le point central de l'aide suisse au développement pour les pays qui souffrent particulièrement des effets du changement climatique.
Le droit international doit aussi être adapté pour assurer la protection des migrants. En plus, une responsabilité morale toute nouvelle incombe aux pays industrialisés, note M. Piguet. «Les Etats qui ont émis dans le passé de grandes quantités de gaz à effet de serre doivent offrir leur aide aux victimes du climat de manière proportionnelle», écrivent les chercheurs.
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