jeudi 7 mars 2013

Le casse-tête des nocturnes

En votation, les citoyens ne veulent pas libéraliser les heures d’ouverture des commerces. Mais le Parlement fait le forcing. Peu avant 13 h, hier au Conseil national, la présidente Maya Graf (Verts/BL) a annoncé le report du débat sur les heures d’ouverture des magasins. Ce souci helvétique de terminer la séance pile à l’heure a mis hors de lui le syndicaliste Corrado Pardini (PS/BE): «Vous qui demandez à des milliers de travailleurs d’être flexibles, vous pouvez bien consacrer dix minutes de plus dans ce conseil pour terminer ce dossier!» Sa motion d’ordre a été refusée par 81 voix contre 64. Cet incident montre bien la nervosité que suscite le sujet. A Fribourg, Genève, Zurich, Lucerne ou Bâle, à chaque fois que la population est appelée à voter sur une extension des heures d’ouverture, elle dit non. L’exemple de Bâle-Ville dimanche dernier est typique. Son Grand Conseil avait accepté l’ouverture prolongée de 18 h à 20 h. Les Bâlois ont dit non à 60%. Pourtant, cette ville aurait pu dire oui: «Ce vote est symptomatique, constate Jean Christophe Schwaab (PS/VD). Il s’agit d’une population urbaine et frontalière, celle qui souffre du tourisme d’achat, mais elle ne veut pas changer.»

Opinion partagée

En décembre dernier, l’initiative de Christian Lüscher (PLR/GE) sur les shops ouverts 24 h/24 a passé la rampe des deux chambres. Mais l’Union syndicale suisse (USS) a aussitôt lancé un référendum qui aboutira d’ici au 7 avril.

Hier, le Conseil national débattait de la motion de Filippo Lombardi (PDC/TI) qui demande une harmonisation nationale des heures d’ouverture de 6 h à 20 h et jusqu’à 19 h le samedi. Les députés ont évoqué aussi la motion de Fabio Abate (PLR/TI) pour un assouplissement du travail du dimanche dans les zones touristiques. Ces propositions avancent avec les mêmes arguments: lutter contre le franc fort et le tourisme d’achat, corriger les inégalités de traitement entre les cantons et adapter les lois à l’évolution de la société.

«Le problème, relève le porte-parole de l’USS, Thomas Zimmermann, c’est que sur les douze dernières votations de ce type devant le peuple, onze ont échoué. Il faut arrêter de nous dire que cette évolution est dans l’intérêt de la population et que les mœurs changent. C’est du baratin.» Rapporteur de la commission pour la motion Lombardi, Jean-René Germanier (PLR/VS) regrette cette «divergence idéologique profonde sur la question. La gauche devrait faire preuve de plus de souplesse pour négocier plutôt que se braquer.»

Notre sondage hier, avec quelque 1400 votes, montrait que 53% des gens étaient favorables à l’extension des heures d’ouverture. (Le Matin)

Créé: 08.03.2013, 07h21

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