samedi 29 juin 2013

Berne veut discrètement effacer la dette du rail

«Si les usagers du rail devaient en couvrir les coûts, il faudrait multiplier par trois au moins le prix des billets», dit un ingénieur vaudois. Depuis des années, Rodolphe Weibel décortique les chiffres officiels et s’inquiète. Le taux de couverture a chuté depuis les années 90 dans le compte ferroviaire économique, de plus il est calculé de manière trop optimiste, estime-t-il. Cette dégradation découle des énormes investissements consentis dans les infrastructures du rail. Or la Confédération propose de biffer purement et simplement en 2014 la charge des intérêts – «théorique» à ses yeux – résultant des milliards de subventions à fonds perdus accordés jusqu’ici.

Cette mesure fait bondir les partisans de la vérité des coûts, car elle crée de l’opacité à un moment charnière. Après avoir créé un fonds pour le rail dont une première tranche de 6,4 milliards d’investissements a été débloquée par le Parlement ce printemps, la Confédération annonçait mercredi dernier la création d’un fonds pour les routes nationales (FORTA) qui sera financé, entre autres, par une augmentation de 12 à 15 centimes de la surtaxe sur l’essence.

Rail et route seront ainsi traités de façon «similaire», déclarait à cette occasion la conseillère fédérale Doris Leuthard. Pas tout-à-fait, car la route (qui couvre ses coûts, y compris ceux dits «externes» comme l’environnement ou les accidents) subventionne chaque année le rail à hauteur de 1,5 milliard de francs environ. Et FORTA ne modifiera pas ce transfert, confirme l’Office fédéral des routes.

Doris Leuthard, un atout pour la route

Une initiative lancée en mars, dite «Vache à lait», veut remettre en cause ce subventionnement du rail par la route. «Avec l’augmentation à 100 francs du prix de la vignette et maintenant celle de 12 à 15 centimes de la surtaxe sur l’essence, Doris Leuthard devient notre meilleure propagandiste pour la récole des signatures», dit Andreas Burgener, directeur d’Auto Suisse, qui pense recueillir les paraphes nécessaires bien avant le délai légal de dix-huit mois.

Le débat populaire sur les coûts de la mobilité et la répartition des moyens limités de la Confédération entre rail et route aura lieu de toutes façons, puisque le fonds FORTA sera ancré dans la Constitution. En contestant le taux de couverture officiel des coûts du rail, Rodolphe Weibel le nourrit. De son côté, Doris Leuthard affirme au «Matin Dimanche» que ses services y feront preuve de transparence.

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(Le Matin)

Créé: 29.06.2013, 23h00

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