En voulant une super grande réforme des rentes AVS et du 2e pilier, le conseiller fédéral pourrait perdre des années et aboutir à un échec. Avec déjà des projets qui patinent, il risque de devenir le ministre des annonces. «Le projet est ambitieux». Voila comment le conseiller fédéral Alain Berset a présenté vendredi après-midi son vaste chantier des assurances sociales. En fait, son projet est gargantuesque. Le chef du Département de l'Intérieur (DFI) propose en même temps de faire passer l'âge de la retraite des femmes de 64 à 65 ans, de flexibiliser l'âge du départ à la retraite, d'abaisser fortement le taux de conversion des rentes du 2e pilier, d'augmenter massivement la TVA en faveur des retraites, de rendre plus transparente la comptabilité des institutions de prévoyance, etc. On s'arrête là dans l'énumération mais le projet mammouth du DFI contient encore bien d'autres points. Il est sensé passer le cap du Conseil fédéral en 2014, entrer dans la moulinette du Parlement les 3 années suivantes, franchir l'obstacle populaire par la suite et entrer en vigueur à l'horizon 2020. Ouf!
Découvrez ici sous forme de chronologie animée les grandes dates de l'histoire de l'AVS en Suisse
Sortie de route garantie
Est-ce bien raisonnable et surtout est-ce bien réaliste? Intellectuellement, le projet se défend. Alain Berset met tout sur la table, demande des sacrifices à gauche (élévation de l'âge de la retraite) et à droite (augmentation de la TVA), mélange 1er et 2e pilier pour accroître sa capacité à dégager des deals et donc une majorité. C'est du moins le plan.
Le problème, c'est que cela peut tourner au fiasco complet. A vouloir embrasser trop large, le magistrat risque au contraire d'enliser la réforme. Des joutes interminables avec des oppositions qui se cumulent. A gauche, on crie déjà «au vol des rentes», et à droite, «à la hausse massive des impôts». Si ça continue comme cela, la sortie de route est garantie devant le Parlement ou le peuple.
Fiasco de l'AI
Ce scénario catastrophe n'a rien d'une fiction. On a vu comment le projet sur les réseaux de soins (Managed care) a été exécuté par un vote populaire après des années de palabres. Alain Berset, qui s'y était converti à la dernière minute en endossant son costume de conseiller fédéral, n'a rien pu faire.
Le magistrat s'est révélé tout aussi impuissant à empêcher le naufrage de la dernière révision de l'AI qui a eu lieu cette semaine au Parlement. UDC et PS ont conjointement sabordé la barque pour des raisons différentes.
Un Département difficile
Et on peut continuer les exemples. Prenons le contre-projet Berset à l'initiative de la gauche sur la caisse unique. La droite du parlement lui a clairement dit de le jeter à la poubelle et d'organiser la votation populaire au plus vite. Prenons la réintroduction du moratoire sur l'engagement des médecins. Berset a laborieusement emporté un moratoire partiel. Mais il n'a dû ce demi succès que grâce aux cantons lémaniques qui ont tapé du poing sur la table lorsque le Conseil des Etats a voulu enterrer définitivement le projet.
Alain Berset avance en terrain miné dans un Département de l'Intérieur où ses prédécesseurs se sont cassés les dents sur les grandes réformes. Le conseiller fédéral a été décrit comme un excellent stratège, l'homme idéal pour dégager des majorités sur des dossiers difficiles.
Le job de conseiller fédéral
En tant que représentant d'une gauche minoritaire, Berset n'a certes pas la partie facile. Et la droite ne lui fera aucun cadeau. Mais le job de conseiller fédéral est justement d'aller chercher «avec les dents» des soutiens solides pour faire passer ses projets. Il va donc devoir monter en puissance ces prochains mois. Sinon il deviendra vite le ministre des annonces sans lendemain.
Créé: 21.06.2013, 18h16
0 comments:
Enregistrer un commentaire