lundi 31 décembre 2012

«J'ai même bu de l'alcool à brûler»

Le triste recordman neuchâtelois de l’alcool au volant avec 6‰ ne conduit plus. Il se justifie en parlant de dérive. Le procureur, lui, l’attend de pied ferme. Boire au volant jusqu’à tomber dans le coma, c’est un geste grave qui a valu à Maurice Zwahlen, 48 ans, une triste notoriété en septembre dernier. Son taux d’alcool oscillait entre 5,45‰ et 6,45‰ lors du contrôle effectué à l’hôpital, après la découverte de sa voiture dans un champ, près du Locle (NE).

Avec ses 75 kilos, Maurice n’est pas une force de la nature, et la mort menace ceux qui dépassent 5‰. Mais, quand il est sorti de son coma, les blouses blanches ont dû l’empêcher de rentrer chez lui. «Je me sentais bien, même si je ne me souvenais de rien», dit-il.

Ce qu’il admet avoir bu, après s’être arrêté dans un champ, fait pourtant frémir: de l’alcool à brûler qu’il utilise pour nettoyer sa pipe! «La moitié d’une bouteille. Je voulais quelque chose de fort», précise-t-il.

Ce n’est pas une joyeuse tournée qui a mis dans cet état celui que tout le monde aux Ponts-de-Martel (NE) appelle «Kéké», mais un mal de vivre. «C’est de ma faute. Après avoir perdu mon emploi de livreur parce que j’avais trop bu pour ramener la camionnette, j’ai voulu tout oublier», raconte Maurice Zwahlen. Par chance, aucun accident n’en a résulté.

S’il se met à table aujourd’hui, c’est pour faire taire les commérages. «Je n’ai pas de bière chez moi, que du café et des limonades», dit-il à l’heure de l’apéro. Maurice ne veut pas passer pour un fêtard qui fait la tournée des bistrots, lui qui s’avoue plutôt taiseux et solitaire.

Boisson par déprime

Quand un client du Café du Cerf a raconté qu’«il faut régulièrement le ramener à la maison parce qu’il ne tient plus debout», Maurice s’est senti blessé: «On retient ce que je fais de mal, mais pas ce que je fais bien. Quand je bois trop, c’est par déprime. Avec un steak, je prends un coup de rouge, mais je m’arrête rarement au bistrot.»

Cabossé par la vie, il attribue son désarroi à un père sans affection. C’est auprès d’une kinésiologue qu’il panse les plaies de son enfance et c’est chez elle qu’il se rendait ce fameux 6 septembre, quand il a garé sa voiture sur le bas-côté. «C’est une bêtise que je regrette, mais j’en avais ras-le-bol.»

Le procureur croira-t-il ce dangereux conducteur, lors de son audition prévue le 14 janvier, quand Maurice Zwahlen affirmera ne pas avoir bu avant de conduire? La police a émis l’hypothèse de quelques bières, mais il n’en a pas le souvenir. Maurice s’attend à des jours-amendes, qu’il espère pouvoir payer avec un travail d’intérêt public.

Son permis lui a été retiré pour une durée qui dépendra de sa dépendance à l’alcool. Le médecin mandaté par le Service neuchâtelois des automobiles en décidera. Maurice espère récupérer son permis pour exercer de petits boulots en complément à l’aide sociale et, surtout, pour prendre et ramener sa fille adolescente chez sa femme, dont il est séparé. Fataliste, ce récidiviste (déjà condamné pour alcool au volant) s’habitue à prendre le train. «J’ai rendu mes plaques», dit-il. Et il envisage de vendre sa vieille Peugeot en pièces détachées. Mais, au Service des automobiles, on souhaite surtout qu’il ne conduise plus aucun véhicule. (Le Matin)

Créé: 31.12.2012, 09h09

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