Le Matin: - M. Freysinger, qu’est-ce qui vous fait préférer l’initiative Minder au contre-projet indirect du parlement?
Il y a un axe dans le texte de Minder qui est essentiel à mes yeux. Les propriétaires de l’entreprise, c’est-à-dire les actionnaires, déterminent le salaire de leurs employés: la direction. Le contre-projet ne donne pas réellement cette prérogative prioritaire aux actionnaires.
Le texte de Minder pourrait engendrer une certaine insécurité sur les salaires touchés par le top managers qui est de nature à empêcher des recrutements?
Quand je constate l’efficacité des Ospel et des Brabeck, qui ont perdu tant de millions, je ne vois pas pourquoi il faudrait leur assurer des rémunérations importantes. De plus, pour le recrutement, on nous fait toujours croire que les managers venus d’ailleurs sont meilleurs que les nôtres. Comment ces grands champions des restructurations d’entreprise ont-ils justifié les millions qu’ils ont encaissés? Je ne vois pas…
Pourtant, les organisations faîtières de l’économie sont inquiètes du manque de compétitivité que l'acceptation de l'initiative pourrait créer?
Nous devons revenir à des proportions salariales plus correctes. D’ailleurs, l’initiative Minder ne propose pas de plafond salarial, il n’interdit que les parachutes dorés et les primes de bienvenue. Les actionnaires restent les maîtres du jeu. Si leur entreprise est gérée avec succès, ils peuvent décider de lui verser un haut salaire. Mais cela reste la décision de l’assemblée générale.
Le contre-projet entrera en vigueur presque immédiatement alors que l'initiative «contre les rémunérations abusives» devra repasser par tout le processus parlementaire!
Cet argument de la rapidité de la mise en œuvre est vraiment fallacieux. Le parlement a tout fait pour laisser traîner pendant près de 5 ans le traitement de l’initiative «contre les rémunérations abusives». De plus, si le texte de Minder est refusé, rien ne garantit qu’il n’y aura pas quelqu’un pour lancer un référendum contre ce texte. Quand on voit l’argent investit par l’économie dans cette campagne, cela devrait mettre la puce à l’oreille des citoyens: les élites économiques souhaitent un statu quo.
Le contre-projet n’a aucune qualité?
Si. Il en a une. C’est une loi. Et que les garde-fous législatifs devraient intervenir à ce niveau et non dans la Constitution. Mais si le parlement avait vraiment bien travaillé et repris l’axe principal de l’initiative «contre les rémunérations abusives», Thomas Minder aurait sans doute retiré son texte. Mais le contre-projet fait semblant de faire du Minder.
A l’UDC, comme au PDC d’ailleurs, on constate une césure entre la base des militants et la direction du parti national. Comment l’expliquez-vous?
Je la constate mais je me l’explique difficilement... L’UDC Zurich a dit oui à Minder. L’UDC Berne dit non! Les fronts de la campagne en cours sont assez étranges, j’en conviens.
Quel est votre pronostic pour l’assemblée des délégués de l’UDC Suisse le week-end prochain?
Ce sera très serré. Mais même un non à Minder augurera des chances de victoire de l’initiative le 3 mars prochain. Car s’il est encore possible d’influencer les délégués de l’UDC Suisse, cela reste impossible pour le militant de l’UDC. A droite, on sent monter un courant d’opinion qui est en désaccord avec le monde de l’économie. D’ailleurs, je constate que beaucoup de gens de la base UDC trouvent suspect cette campagne très coûteuse d’EconomieSuisse.
C’est donc aussi, selon vous, la primauté du politique sur l’économie qui se joue le 3 mars prochain?
Je suis de ceux qui pensent que la politique doit avoir les outils pour mettre des garde-fous à l’économie et à la haute finance. Je ne veux pas d’une société où l’homme n’est plus au centre de nos préoccupations. L’économie de proximité est la plus proche des responsabilités sociales et de l’éthique.
Votre engagement pour le Oui à Minder vous vaut-il des pressions ou des tensions avec l’UDC Suisse, dont vous êtes vice-président?
Pas la moindre remarque. D’ailleurs la légitimité que j’ai de soutenir Minder est au moins aussi grande que celle de Christoph Blocher à combattre ce texte. Plus même. Car ma section cantonale, l’UDC Valais romand, est pour Minder. Tandis que Christoph Blocher suit une position opposée à celle de l’UDC Zurich.
(Newsnet)
Créé: 24.01.2013, 15h28
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