Des ânes comme thérapie pour les prisonniers
Les prisonniers apprennent à construire des rapports de confiance et à assumer une responsabilité propre. «Au début, on riait un peu de cette thérapie, mais entretemps elle s'est taillée une bonne réputation parmi les détenus», assure Martin Vinzens, directeur du pénitencier. «Il ne s'agit pas de thérapie hippique, les prisonniers ne montent pas sur le dos des ânes pour cavaler dans les environs.»
«Mon âne»
Le détenu F. a pris part au traitement depuis neuf semaines: «J'ai beaucoup de peine à faire confiance aux autres», avoue-t-il. Chaque mercredi, l'homme passe une heure avec Gaudi, «mon âne», comme il l'appelle. «J'étais très sceptique au début, pas à cause de l'âne mais du terme 'thérapie' connoté si négativement et qui me rebutait.»
Il a depuis lors profité de chaque heure passée avec l'animal. «Dans ces moments, je peux complètement décrocher», poursuit le détenu. «Il n'y a que Gaudi, la thérapeute et moi.»
A son arrivée, le prisonnier s'occupe de l'âne: il nettoie ses sabots et brosse son pelage. «En prenant soin de l'animal, on remarque ce qu'il aime», note F. «Si par exemple je gratte Gaudi derrière l'oreille, il baisse la tête et laisse sa lèvre inférieure pendre, signe qu'il se sent bien.»
Le trot comme objectif
«Nous avons lancé cette thérapie après avoir constaté que nous étions de plus en plus confrontés à des détenus rendus difficilement abordables après diverses interventions», explique à l'ats Martin Vinzens. Les prisonniers qui prennent part au traitement sont sélectionnés par le service thérapeutique et médicolégal du pénitencier de Saxerriet.
Un objectif très concret est défini pour chaque participant. F. doit ainsi apprendre à son ami à quatre pattes à trotter. Pour que celui-ci y parvienne, l'homme et l'animal doivent faire équipe et se fier l'un à l'autre.
Estime réciproque
Le détenu et l'âne évoluent dans un espace rempli d'obstacles et d'exercices, comme des parcours avec cerceaux et cônes pour slalomer. Si l'animal ne veut pas bouger, le prisonnier se voit forcé de tenter plusieurs stratégies pour le motiver. Les ânes ne réagissent pas à la pression ou à la violence, il faut les convaincre de faire ce que l'on attend d'eux.
Après huit heures passées avec Gaudi, F. a plutôt l'air de bien s'en sortir. L'animal le suit, tel un chien fidèle, entre les divers obstacles. Il a même trotté sur quelques mètres. F. semble fier d'avoir atteint son but et d'avoir su instaurer une estime réciproque ainsi qu'une relation de confiance avec son coéquipier.
Une relation qui peut parfois aller jusqu'à la jalousie. Par exemple lorsque F. s'approche de Miro, le frère de Gaudi, et commence à le gratter. L'objectif atteint, le temps de F. à Saxerriet touche à sa fin: «Gaudi va bien sûr me manquer», confie-t-il.
Extension envisagée
La thérapie basée sur les ânes, proposée à Saxerriet depuis cinq ans, est en cours d'évaluation. «Nous voulons étudier ce que la relation avec ces animaux a apporté aux détenus sur le long terme», souligne Martin Vinzens. Une extension de cette pratique en ergothérapie est également examinée.
D'autres établissements pénitentiaires en Suisse et à l'étranger ont suivi avec attention le projet de Saxerriet. Un traitement semblable avec des bouviers bernois a été instauré il y a trois ans à Lenzburg (AG).
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