jeudi 1 août 2013

Ils traquent l'ADN des Suisses

Ils traquent l'ADN des Suisses

Les chercheurs connaissent de mieux en mieux le patrimoine génétique de la population helvétique. Il n’est guère homogène et reflète sa position au cœur de l’Europe. A 39 ans, après des études aux Etats-Unis, le Valaisan Jacques Fellay a pris la direction de la recherche en génétique à l’EPFL, tout en travaillant comme médecin au CHUV.

Question toute naturelle pour un 1er Août, existe-t-il un ADN helvétique?

Globalement, au niveau de l’ADN, la Suisse est une très jolie mosaïque. Elle est au carrefour des migrations depuis la préhistoire. Aujourd’hui, l’ADN helvétique est un concentré du patrimoine génétique européen, assaisonné des apports constants de gens venus d’autres horizons au cours des âges.

Est-ce que le séquençage du génome humain à large échelle peut redéfinir les identités nationales?

Oui, mais cela va dépendre de l’agenda politique… Par exemple, les Islandais ont fait une analyse génétique de chaque habitant. Ce pays a été précurseur parce que son isolement permettait de mieux comprendre l’impact de la génétique sur la santé. Comme leur population est très homogène, ils pourraient se dire que tout ce qui n’est pas purement islandais doit être exclu de leur île…

Ce qui ne pourrait pas arriver en Suisse?

Ce ne serait pas possible, car notre identité n’est pas construite sur une homogénéité génétique. A contrario, la génétique pourrait servir à rapprocher les gens. Par exemple, entre les Israéliens et les Palestiniens, les différences sont minimes. Ils sont tous cousins autour de la Terre promise. Cela pourrait les aider à mieux se comprendre.

Avec les tests médicaux ou les tests d’ancestralité, on va vers une banalisation de la génétique. Cela va-t-il changer l’image que nous avons de nous-mêmes?

Ce n’est pas impossible: prenez l’exemple de quelqu’un qui découvre soudain qu’il a 5% de gènes asiatiques, juifs ashkénazes ou slaves. C’est une nouvelle fenêtre qui s’ouvre. Les gens se passionnent pour leur généalogie et cette connaissance devient plus scientifique aujourd’hui avec de nouveaux outils. On pourra décider de partager son génome sur Internet, et ainsi se mettre en relation avec des cousins éloignés dont on ignorait l’existence. D’une manière générale, cela donnera une connaissance de soi plus marquée, aussi avec des risques liés à la prédiction de certaines maladies, même si dans ce domaine on n’a pour l’instant que gratté la surface.

Certains parlent même de tribu génétique qui rassemblerait ceux qui ont des gènes proches?

Tribu, c’est une autre façon de dire famille… La génétique donne la capacité de pouvoir lire d’où l’on vient, grâce aux variations que l’on retrouve ailleurs. Elle explose les limites de lieu et de temps. On pourra retrouver des descendants de nos aïeux qui ont émigré en Amérique ou ailleurs. Mais il y a aussi des risques. Avec la paternité par exemple, on sait qu’entre 1 et 5% des paternités ne sont pas celles que l’on croit. Là il y aurait des surprises et, sur le nombre, cela peut concerner pas mal de gens.

Il faudrait donc mieux cadrer l’utilisation de ces données?

Cette évolution ne peut pas se passer dans un vide éthique et juridique. Il faut en parler ouvertement. De plus en plus de gens vont avoir recours à ce genre de technologie à l’avenir. La génomique fera de plus en plus partie de notre quotidien et il est important que la société s’y prépare.   (Le Matin)

Créé: 01.08.2013, 13h50

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