Durant trois ans, une partie du pouvoir judiciaire a occupé des locaux trop chers et inadaptés. L'État genevois fait le ménage. Presque 1000 francs le mètre carré. C’est cher pour une surface de bureaux louée par l’Etat de Genève, dans un quartier où les prix se situent normalement (en moyenne) dans les 450 francs. Mais c’est le prix qui a été déboursé pendant près de trois ans pour les 2566 m2 du 6 rue de l’Athénée, siège d’une partie du pouvoir judiciaire, abritant notamment des tribunaux des baux et loyers et des prud’hommes. Selon les chiffres fournis par le Département de l’urbanisme (DU), la facture annuelle pour ce bâtiment s’élève à près de 2,4 millions. Et on ne compte pas les frais déboursés pour l’aménagement de cette ancienne étude d’avocats. «C’est trop cher et pas adapté, ne peut que constater Patrick Becker, secrétaire général du pouvoir judiciaire. Mais nous avons pris à l’époque ce qui nous a été proposé par le département en charge de l’Office des bâtiments.» Confirmant ce prix élevé, Bernard Favre, secrétaire général adjoint au DU, indique que «ce problème sera résolu avec le déménagement des services de l’Athénée aux Glacis de Rive et à la vieille ville (ndlr: des bâtiments dont l’Etat est propriétaire), prévu cet été.»
Neuf sites pour le pouvoir judiciaire
Le bail de l’Athénée a en effet été résilié par l’Etat pour fin juin. Mais pourquoi diable avoir choisi ce lieu à l’évidence trop cher dès le départ? Apparemment par manque d’anticipation. Sous couvert d’anonymat, un fonctionnaire explique qu’il avait fallu faire vite: «Deux autres bâtiments étaient sélectionnés. Le premier était amianté et le propriétaire du second avait fait monter les loyers de manière indécente.» Au moment de la conclusion du bail, le conseiller d’Etat PLR François Longchamp (à l’époque en charge du Département de la solidarité et de l’emploi) s’était d’ailleurs opposé à ce loyer, qu’il jugeait prohibitif. Maintenant qu’il a repris les rênes de l’Office des bâtiments, François Longchamp a commencé à faire le ménage… Le pouvoir judiciaire genevois est actuellement réparti sur neuf sites, allant de la vieille ville au quartier du Mont-Blanc en passant par Rive et le Petit-Lancy. Coût annuel des locations: près de 6 millions pour des locaux qui «n’ont pas été conçus pour la justice et nuisent au fonctionnement des juridictions, compliquent l’accueil des justiciables et de leurs conseils et, enfin, péjorent les conditions de travail des collaborateurs et des magistrats», indique Patrick Becker.
Sans compter le renchérissement des coûts pour l’Etat, en frais de convoyages des détenus et de surveillance des sites. «Un merdier invraisemblable», résume François Canonica, bâtonnier de l’Ordre des avocats. «Une aberration! s’exclame l’avocat Robert Assaël. Cela montre une absence totale de vision politique de nos dirigeants. Mais c’est un peu une marque de fabrique à Genève.» Depuis les années 2000, aucun chantier d’envergure n’a été réalisé. Les salles d’audience du Palais de Justice du Bourg-de-Four sont vétustes, inadaptées aux normes actuelles et insuffisantes en nombre. Certaines salles d’audience provisoires sont si mal insonorisées que l’on entend ce qu’il se dit de l’une à l’autre. Au Ministère public du Petit-Lancy, on grelotte en hiver et on sue en été.
Partout, on manque d’espace.
Sur un point, tout le monde est d’accord: Genève a besoin d’un nouveau Palais de Justice. Le lieu a déjà été choisi: la Gravière, aux Acacias. Des études de faisabilité sont en cours pour une réalisation vers 2020. «Une date précise ne peut être promise aujourd’hui, commente Bernard Favre, car d’autres besoins existent pour l’Etat, des écoles aux prisons en passant par les grands chantiers hospitaliers. La justice n’est pas seule à mériter de meilleurs locaux et Genève n’ayant hélas pas d’énormes réserves foncières et financières, le Conseil d’Etat devra arbitrer entre les priorités.» Et convaincre le Grand Conseil. Rappelons qu’à ce jour, Genève n’a toujours pas de budget pour l’année en cours. (Le Matin)
Créé: 22.04.2013, 14h41
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