Les collectivités publiques romandes se saignent pour assainir les retraites. Et ce n’est qu’un début. Avec la retraite à 62 ans pour ses cadres, la SSR a suscité une vive polémique. Notamment parce qu’elle a bouclé ses comptes 2012 sur un déficit dû à la recapitalisation de sa caisse de retraite pour 160 millions de francs. La SSR n’est cependant pas la seule institution à agir ainsi. En fait, la plupart des caisses de pension de droit public en Suisse romande doivent se renflouer massivement pour atteindre un degré de couverture de 80% d’ici à 2050. Lundi, le canton de Vaud a publié les comptes de l’année écoulée; 575 millions de francs ont été mis de côté pour la Caisse de pension de l’Etat. Pour la même période, le Valais a transféré 450 millions de francs à sa Caisse de retraite, et le canton de Genève a mis 763 millions pour sa Caisse de prévoyance.
La situation s’est emballée depuis que les Chambres fédérales ont voté fin 2010 un texte exigeant que les caisses publiques atteignent ce fameux degré de couverture. Elles ont jusqu’au 30 juin prochain pour présenter à l’autorité de surveillance leur plan de financement à long terme. En Suisse romande, la facture finale atteindra plusieurs milliards de francs étalés jusqu’en 2052.
Menaces de pénalités
Mais pourquoi de telles sommes sont-elles déjà dépensées sur les comptes 2012? Pour le juriste Yves-Marie Hostettler, représentant romand de l’Association suisse des institutions de prévoyance (ASIP), les cantons ont été mis au pied du mur: «Pour les encourager à refinancer les caisses, des paliers de couverture sont prévus en 2020 et en 2030. S’ils ne sont pas atteints, il y a aura des pénalités. Par ailleurs, il y a des considérations de techniques financières. Ces changements impliquent un coût de départ pour partir sur des bases saines en 2014.»
Pour Olivier Sandoz, directeur général adjoint de la Fédération des entreprises romandes, «les collectivités publiques ont attendu trop longtemps après avoir eu une politique trop généreuse. Les Genevois viennent d’accepter la fusion de leurs caisses, mais ce n’était pas de gaieté de cœur. Les gens ont toutefois compris que les caisses publiques ont commencé à changer en augmentant l’âge de la retraite ou en diminuant les prestations. Mais les réformes ne sont pas finies. L’âge de la retraite à 64 ans dans le public, par exemple, ne se justifie pas.»
Il reste que cette opération de renflouement des caisses fait apparaître une grande différence entre le sort des rentiers des caisses publiques et ceux des caisses privées. En 2011, la rente annuelle moyenne des premiers est d’environ un tiers supérieure à celle des seconds. Le citoyen contribuable a l’impression de payer deux fois: une fois pour sa retraite et une seconde fois, à travers l’impôt, pour celle des fonctionnaires mieux dotés.
Yves-Marie Hostettler admet mais nuance: «Le plus souvent, le financement accordé dans le secteur public pour la prévoyance des collaborateurs est plus élevé. Un contribuable peut se sentir floué de voir ses impôts filer dans les caisses de retraite publiques, mais il faut préciser que les modifications intervenant en ce moment dans le domaine des caisses publiques ne visent pas une amélioration des prestations aux assurés, mais une consolidation financière des engagements de ces caisses. Les assurés y participent souvent aussi de manière importante.» Et les citoyens aussi: 575 millions pour Vaud, 450 millions pour le Valais et 763 millions pour Genève. Par habitant, cela fait respectivement 780 francs, 1360 francs et 1620 francs.
(Le Matin)
Créé: 17.04.2013, 05h53
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