mardi 23 avril 2013

«Il est inhumain de faire attendre les réfugiés si longtemps»

La révision de la loi sur l'asile n'écorne pas les droits humains, estime la droite. La conseillère nationale Isabelle Moret plaide pour un rejet du référendum le 9 juin prochain. Le Parlement a décidé en 2012 de modifier en urgence la loi sur l'asile. Un durcissement inacceptable, dénoncent une partie de la gauche et de nombreuses associations. Elles ont lancé un référendum pour stopper ces modifications - déjà entrées en vigueur. Le peuple aura le dernier mot le 9 juin.

Démantèlement de la tradition humanitaire de la Suisse? Ou évolution nécessaire pour prévenir les abus dans l'asile? Les partis bourgeois optent pour la seconde alternative. UDC, PLR et PDC recommandent d'accepter la révision dans les urnes.

Les explications de la conseillère nationale vaudoise Isabelle Moret, vice-présidente du PLR suisse.

Le Matin - La révision de l'asile prévoit de créer des centres spéciaux fermés pour les récalcitrants. C'est quoi, un récalcitrant?

Isabelle Moret -Ce terme n’existe pas dans la loi, il s’agit en fait des requérants qui ne respectent pas la sécurité et l’ordre public. Les centres d’asile accueillent des personnes fragilisées, qui ont été persécutées dans leur pays. Ces personnes peuvent être confrontées à des bagarres, parfois à la batte de base-ball, organisés par d’autres requérants. Ceux qui compromettent la sécurité dans les centres et à l’extérieur seront placés dans un autre centre spécial, géré par la Confédération, où les règles de vie seront plus stricts. Cela sert à protéger les requérants et le cas échéant la population des alentours.

Est-il normal que la Confédération puisse désormais ouvrir des centres de requérants sans demander l’avis des autorités locales? Est-ce qu’on ne risque pas des psychodrames?

Je rappelle qu'en 2011 on a eu une augmentation massive de réfugiés: plus de 45%. Du jamais-vu en dix ans. Beaucoup de personnes venaient, à la suite du printemps arabe, chercher du travail sans avoir droit aux mesures d'asile. Et on ne pouvait pas leur offrir du travail à cause des accords bilatéraux avec l'Union européenne. On s’est retrouvé sans possibilité d’accueillir dignement ces personnes, par manque de place dans les centres. Il fallait régler ce problème très vite... Certains cantons ont déjà annoncé qu’ils étaient prêts à accueillir un centre fédéral. Berne travaillera avec eux en priorité. Ce nouveau système participe à une accélération des procédures de l'asile.

En accélérant les procédures ne craignez-vous pas de violer les droits des réfugiés?

Non, au contraire! Jusqu'à présent il fallait plus d’une année pour une réponse positive tandis qu’une réponse négative prenait quatre ans. Vous ne pouvez pas accueillir dignement une personne persécutée dans son pays si elle doit attendre quatre ans avant de savoir si elle pourra s’intégrer ici ou si ses enfants peuvent aller à l’école. Ce n’est pas acceptable que des personnes qui souffrent se posent tous les jours la question de savoir si on va les renvoyer. C'est inhumain: il faut traiter ces dossiers rapidement et les mesures-test mises en place par les cantons et la Confédération permettront de raccourcir les délais. En échange le parlement a prévu une assistance juridique gratuite pour chaque requérant. Si on vote non le 9 juin, ces mesures-test prendront fin en septembre et on ne pourra pas accélérer les procédures.

N'est-il pas choquant de mettre fin à la possibilité des demandes d'asile via les ambassades?

Non, c’est un rapprochement des standards de Schengen-Dublin. La Suisse était le seul pays d’Europe à autoriser ces demandes dans ses ambassades. Je précise qu’il sera toujours possible de déposer une demande de visa humanitaire dans n’importe quelle ambassade suisse. Et la Suisse a repris l’accueil de groupes de réfugiés par le biais du HCR (Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés), ce qu'elle ne faisait plus depuis quinze ans.

Refuser les demandes d'asile pour motif de désertion militaire, n'est-ce pas ignorer le danger de morts encouru dans certains pays?

Absolument, c'est la raison pour laquelle la Suisse continuera d’appliquer la Convention internationale sur les réfugiés. Les personnes comme les Érythréens qui invoquent comme motif la désertion de l’armée et qui risquent de ce fait un traitement inhumain risquent de l’obtenir. En clair pas un seul Érythréen ne sera renvoyé dans son pays. Là encore, il n'y pas de démantèlement du droit d'asile. (Newsnet)

Créé: 23.04.2013, 16h07

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