jeudi 20 juin 2013

Enterrement de luxe pour l'AI!

La révision 6b de l’assurance invalidité a fini par échouer aux Chambres fédérales, rendant furieux de nombreux élus. Des milliers d’heures de travail passent à la broyeuse. Tout ça pour un enterrement. N’arrivant pas à s’entendre sur la rente entière à partir de 70% ou 80% d’invalidité, et surtout sur le mécanisme du frein à l’endettement, les parlementaires des deux Chambres ont enterré mercredi la révision 6b de l’AI. Celle-ci avait été engagée par le Conseil fédéral en 2010 et prévoyait au début 600 millions d’économies par an à partir de 2015. Elle permettait de passer à un système linéaire de rentes plutôt que le système actuel à quatre paliers. Aujourd’hui, il n’en reste rien, faute de compromis majoritaire!

Lourdement handicapé lui-même, le conseiller Christian Lohr (PDC/TG) s’est battu comme un lion dans l’arène pour réduire les économies et améliorer le système linéaire des rentes. Hier, il avouait une grosse gueule de bois: «Je n’ai pas bien dormi, j’étais agité. Tout cela a fini dans un jeu politique sur le dos de l’AI et sur celui des handicapés. Cette attitude n’est pas éthique. La commission de conciliation a parlé de position de gauche et de droite, de déficit, mais sans tenir compte des personnes réelles.»

Des milliers d’heures perdues?

Mélanie Sauvain, secrétaire romande d’Entraide Suisse Handicap (AGILE), reconnaît aussi que les milieux de défense des handicapés ont été pris de court durant la dernière ligne droite: «Finalement, la conciliation a échoué pour des questions de principe concernant le frein à l’endettement de l’AI. Le Parti socialiste n’en voulait pas, de crainte qu’un même frein soit imposé ensuite à l’AVS.»

L’autre point de divergence n’a pas trouvé non plus de solution. Christian Lohr s’est battu devant le Conseil national pour la rente complète à partir de 70% d’invalidité. Il a gagné trois fois au vote. Mais le Conseil des Etats estimait que la rente complète ne devait être possible qu’à partir de 80%.

Ardente partisane d’un compromis, la conseillère nationale Isabelle Moret (PLR/VD) était également encore en colère hier, un jour après l’enterrement du projet. «J’ai pensé au temps et à l’argent consacrés à ce dossier! On a passé des heures en commission à examiner des tonnes de dessins et de graphiques. Finalement, c’est la démonstration de la lenteur que peut prendre la politique suisse», estime la députée.

«J’étais furieux de voir qu’on devait en arriver à enterrer cette réforme qui était devenue incorrecte!» poursuit Guy Parmelin (UDC/VD). Son collègue écologiste Christian van Singer admettait plusieurs semaines de travail personnel à temps plein dans ce dossier. Tout ça pour rien? «Non. Ce n’est pas dramatique. Le travail a été fait et le Conseil fédéral pourra s’en inspirer si l’AI venait à se trouver en position délicate», affirme-t-il. Le système linéaire des rentes paraît en effet satisfaire tous les partis. Le député Christian Lohr promet d’ailleurs qu’il relancera lors de la prochaine session une initiative parlementaire pour introduire ce système. Histoire de garder pour lui au moins une chose positive du «gâchis». (Le Matin)

Créé: 21.06.2013, 07h45

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