mardi 21 mai 2013

«Tout a changé à Champ-Dollon»

«Le Matin» a rencontré un ex-détenu, qui raconte à quel point les conditions de la prison genevoise se sont détériorées. Condamné à 18 mois pour une affaire de stupéfiants, B. est sorti de prison il y a peu, après 125 jours de détention. Pour ce Guinéen arrivé en Suisse il y a 12 ans, c’était le deuxième séjour à Champ-Dollon. «Depuis 2000, où j’y ai passé un mois, presque tout a changé là-bas», explique-t-il. La cellule, pour commencer, où dans 12 m2, les prisonniers sont passés de deux à trois. «J’ai pu prendre la place en haut du lit à étage. Le gars qui est arrivé après moi s’est retrouvé sur un matelas au sol. Le jour, nous le posions sur le lit du bas. Sinon, le matelas gênait pour aller aux toilettes.»

En prison, la vie de B. s’organise à raison d’un parloir par semaine et d’une heure de promenade par jour, d’une douche quotidienne de deux à trois minutes «parce qu’il y en a beaucoup qui ne fonctionnent pas». Pour la lessive, c’est une fois par semaine. «Les draps sont changés tous les quinze jours. Par rapport à ce que l’on voit à la télévision dans d’autres prisons, c’est encore propre Champ-Dollon, estime notre interlocuteur, qui met surtout en cause la surpopulation. Avec plus de 800 détenus pour une capacité «normale» de 376 personnes, tous les maillons sont forcément un peu grippés. Qu’il s’agisse de l’accès aux soins, aux assistants sociaux, aux parloirs, et à la cabine téléphonique, où le délai peut atteindre sept semaines, et encore… «si on a de l’argent», ajoute B.

Gardiens plus «stressés»

Chaque jour, entre 11 h 30 et 12 h 30, le Guinéen prend son repas avec les autres détenus dans le couloir. Pas de menus à choix comme on le croit. Pas de viande de porc, mais «beaucoup de cheval». «Ce sont les détenus qui servent à manger sous la surveillance de gardiens. Certains sont mieux servis que d’autres. Cela dépend des ethnies et du degré de complicité entre les gens. Il arrive que les derniers arrivés n’aient plus rien. Il faut alors aller chercher de la nourriture ailleurs. Si on a de l’argent, on peut acheter des provisions à l’épicerie.» Pour faire passer le temps, B. regarde beaucoup la télé avec ses deux codétenus, Guinéens comme lui. «Evidemment, il y a des problèmes si on ne veut pas tous regarder le même programme!»

Les prisonniers de Champ-Dollon ont aussi à disposition une bibliothèque. Mais peu de livres sont lus, «parce qu’ils sont en français». «On peut normalement faire une heure de sport par semaine. Seulement des gardiens proposent et d’autres pas. Ils sont beaucoup plus stressés et agressifs qu’auparavant», constate B. qui s’est retrouvé deux heures au cachot: «Je suis intervenu dans une bagarre où dix Albanais étaient tombés sur un Africain. Tout le monde a fini au mitard.» B. aurait aussi bien aimé pouvoir se rendre à la salle de prière. Mais la liste d’attente est longue. En quatre mois, il a réclamé tous les vendredis sans jamais obtenir satisfaction. «On priait en cellule. Cela occupe!» (Le Matin)

Créé: 21.05.2013, 14h26

0 comments:

Enregistrer un commentaire