mercredi 27 février 2013

Nestlé mis en cause dans le meurtre d'un syndicaliste colombien

Une plainte a été déposée contre Nestlé pour homicide involontaire par négligence dans l'assassinat d'un syndicaliste colombien. Le syndicat de la victime accuse la firme veveysanne de ne pas avoir protégé cet ex-employé menacé. La justice vaudoise a reçu la plainte déposée contre Nestlé (NESN 64.4 -0.15%) pour homicide involontaire par négligence dans l'assassinat d'un syndicaliste colombien. L'émission «Temps présent» est allée en Colombie interroger les protagonistes de l'affaire et a ramené «des éléments troublants». Nestlé rejette les accusations.

«Je viens de recevoir la plainte traduite de l'allemand. Elle fait une centaine de pages. Elle est accompagnée d'une quantité de documentation», indique le procureur vaudois.

«Je vais essayer de la traiter dans un délai raisonnable, mais je ne peux rien dire de plus pour la suite.» «La justice suisse a été saisie, ce qui ne veut pas encore dire qu'il y a une compétence suisse dans cette affaire, avec des actes punissables en Suisse», relève Franz Moos.

Problème formel

Au départ, la plainte était en allemand car rédigée par un collectif d'avocats basé à Berlin. Elle avait été déposée en mars dernier à Zoug où Nestlé a un deuxième siège. Fin 2012, le Tribunal pénal fédéral a débouté les plaignants du point de vue formel et renvoyé le cas au canton de Vaud où Nestlé a son siège principal, à Vevey.

L'origine de l'affaire remonte à septembre 2005 lorsque le leader syndical Luciano Romero Molina a été assassiné à Valledupar, dans le nord-est de la Colombie. Il avait quitté Cicolac, filiale de Nestlé, depuis trois ans. Ses meurtriers, des paramilitaires, ont été condamnés.

Cas «exemplaire»

A l'origine de la plainte, le syndicat colombien Sinaltrainal et le European Center for Constitutional and Human Rights (ECCHR) jugent que Nestlé est coresponsable par négligence du meurtre parce qu'elle n'a pas protégé cet ex-employé menacé. Ils veulent en faire un cas «exemplaire».

«Temps présent» est parti enquêter en Colombie. Son reportage «Contre Nestlé, jusqu'à la mort» est diffusé jeudi soir. Pour la journaliste Isabelle Ducret, le reportage a récolté «des éléments troublants».

«Obligation morale»

Selon le syndicat, des membres de la direction de Cicolac aurait désigné Luciano Romero comme membre de la guérilla, ce qui aurait signé son arrêt de mort dans le contexte colombien de l'époque.

Le vice-président colombien Angelino Garzon souligne l'importance du cas. «Nestlé a l'obligation morale et éthique de démontrer au monde entier qu'elle n'a rien à voir avec l'assassinat ou la persécution de syndicalistes au sein de son entreprise», affirme-t-il.

Courriels interceptés

Luciano Romero a été tué un mois avant sa venue à Berne devant le Tribunal des Peuples qui devait débattre des activités de Nestlé en Colombie. Des courriels du collectif d'ONG suisses Multiwatch ont été interceptés par les services secrets colombiens. «Ils savaient tout ce qu'on est en train de faire», relève Stephan Suhner, fondateur de Multiwatch.

Interrogé dans le reportage, le chef du service juridique de Nestlé, Ricardo Cortes-Monroy, se veut «serein» et «confiant» dans la justice. Nestlé se dit «prêt à coopérer avec l'autorité compétente où que cela soit». Pour lui, les accusations «sont complètement infondées» et donc totalement rejetées.

Rejet complet

Nestlé conteste avoir reçu des informations du service de sécurité colombien (DAS). L'entreprise rejette «complètement» l'accusation selon laquelle elle aurait demandé la surveillance du syndicat. «Temps présent» rappelle dans ce contexte l'affaire vaudoise dans laquelle Nestlé a espionné le mouvement Attac.

Pour montrer que la Colombie n'était pas un cas exceptionnel, «Temps présent» est allé enquêter également aux Philippines où un leader syndical surnommé Ka Fort a été tué. Il s'était opposé à la multinationale et avait mené la grève. Aucune plainte n'a été déposée dans ce cas. (ats/Newsnet)

Créé: 27.02.2013, 18h32

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