En un jour, ils gagnent plus qu’un employé en une année! Travail.Suisse publie les chiffres. La droite patronale prépare la riposte. En un seul jour de travail, le CEO de Roche, Severin Schwan, 46 ans, a déjà gagné ce que son employé le moins bien payé ne gagnera pas en une année. Avec un écart de 1:261, la multinationale bâloise arrive en tête des entreprises, dont l’échelle des salaires va du simple au centuple, devant Nestlé, ABB et Novartis. Avec ce qu’il appelle «le cartel des salaires 2012», le syndicat Travail.Suisse a dénoncé hier cette situation dans la perspective de l’initiative «1:12». Unia en avait fait de même la semaine dernière. Cinq mois avant la votation de novembre, les syndicats occupent le terrain, galvanisés par le succès de l’initiative Minder.Une fuite en avant dénoncée
Travail.Suisse enquête depuis une dizaine d’années auprès de 27 grandes entreprises helvétiques. Pour le syndicat, les rétributions des dirigeants les mieux payés «se sont stabilisées à un très haut niveau ces dernières années». Sa vice-présidente, la conseillère nationale vaudoise Josiane Aubert, dénonce une fuite en avant: «Ce qui frappe c’est le glissement global constant vers le haut qui se poursuit au cours de la décennie et ce malgré les discussions vives autour de l’initiative Minder. Certains gros salaires ont certes baissé, mais la moyenne des équipes dirigeantes est en progression.»
Pour le conseiller national Jean Christophe Schwaab, membre du comité d’initiative «1:12»: «Ces chiffres montrent une situation navrante. Ils montrent que les managers cupides ne comprennent rien à la colère de la population. Malgré l’avertissement Minder, ils continuent d’agir les yeux bandés pour aller droit dans le mur.»
L’opposition à l’initiative «1:12» – déjà balayée par le Parlement et le Conseil fédéral – viendra de la droite patronale. C’est l’Union suisse des arts et métiers (USAM) et l’Union patronale suisse (UPS) qui prendront la campagne en mains.
Campagne difficile
Directeur général de la Fédération des entreprises romandes et membre de l’UPS, Blaise Matthey s’attend à une campagne difficile. Comment entend-il lutter contre l’image du «manager cupide»? «Si l’on prend Roche, c’est un très grand groupe international. Nous, nous défendons surtout des petites et moyennes entreprises. L’initiative veut mettre tout le monde dans le même sac sous la mainmise de l’Etat. On veut faire croire aussi qu’avec cette initiative les gens vont gagner plus d’argent, mais c’est un mensonge. Je veux bien qu’on soit dans le registre de l’émotion contre les grands managers, mais il faut savoir aussi raisonner en termes de fiscalités et d’assurances sociales.»
Faire la part des choses
Blaise Matthey espère que les Suisses feront la part des choses. François Hollande vient d’abandonner une loi sur la gouvernance des entreprises: «On parlait ici d’un écart de 1:20 et les socialistes y ont renoncé, c’est un signe. En Suisse, les hauts salaires paient aussi l’essentiel de la charge fiscale et de l’AVS. 10% des salaires élevés paient 75% de l’impôt fédéral. S’ils ne sont plus là, les citoyens doivent être conscients que le manque à gagner de l’Etat se reportera sur la classe moyenne.» Jean Christophe Schwaab sait aussi que la campagne n’est pas gagnée: «L’USAM et l’Union patronale sont des adversaires à ne pas négliger. Mais je me réjouis de voir qui ils vont envoyer dans la campagne, car ils devront défendre la situation de gens qui ne viendront pas se défendre en public.»
A moins que Severin Schwan, Paul Bulcke ou Joe Hogan (démissionnaire) décident de relever le défi. Le chemin du 1:12 réserve encore bien des surprises jusqu’au 24 novembre, date de la votation. (Le Matin)
Créé: 25.06.2013, 14h00
0 comments:
Enregistrer un commentaire