L'Office des migrations en est à sa 3e réorganisation
Christoph Blocher avait initié le mouvement en 2005, réunissant les offices fédéraux des réfugiés et de l'immigration. Une fusion peu contestée, à l'époque comme actuellement, mais le conseiller fédéral UDC avait réduit les capacités de traitement à 10'000 demandes par an et la hausse des requérants dès 2008 a mis ce service en difficulté.
«On ne peut effectuer ce travail qu'avec des effectifs», a même reconnu dans le Tages Anzeiger le conseiller national UDC Heinz Brand, ex-chef de l'ODM qui a toujours soutenu la réforme proposée par Christoph Blocher.
«Chaos à l'ODM»
Dès son arrivée au Conseil fédéral en 2007, Eveline Widmer-Schlumpf s'y était cassé les dents, évoquant un «chaos à l'ODM» et une «perte préoccupante de savoir-faire».
Il faut dire que l'éviction de Christoph Blocher du Conseil fédéral en 2007 a encore compliqué la situation de l'ODM qui s'est cabré sous la direction d'Eveline Widmer-Schlumpf. Presque tous les directeurs sont partis ainsi que près de 400 collaborateurs.
«Il règne une atmosphère de peur et d'incertitude», constatait fin 2011 Hans Wüthrich, professeur de management à Munich. Son constat est sans équivoque: «Beaucoup se voient comme des perdants. Ils se sentent démobilisés, surchargés et personnellement visés.»
Le professeur esquisse une explication simple et plausible à la dégradation au sein de l'ODM: les directeurs ont cédé à la pression politique pour des objectifs irréalisables et n'ont plus pu revenir en arrière. Les signaux d'alarme ont été ignorés et finalement, la réforme qui voulait réunir asile et refoulement a échoué.
Un échec complet
L'addition est lourde: les cantons se plaignent, évoquant pêle-mêle des mauvaises procédures, des compétences peu claires et un manque de soutien lors des expulsions. «La réorganisation a été un échec complet qui a menacé l'existence de l'ODM alors que les demandes d'asiles repartaient à la hausse», a déploré Heinz Brand, alors président de l'association des responsables cantonaux de la migration.
Simonetta Sommaruga reprend fin 2010 un office en pleine déroute. Elle en tire les conclusions et remplace son directeur Alard du Bois-Reymond, qu'Evelyne Widmer-Schlumpf avait nommé hors du sérail de l'ODM. La nouvelle conseillère fédérale fait alors appel aux cadres expérimentés et nomme le vice-directeur Mario Gattiker à la tête de l'office.
Tous deux réaffirment leur confiance aux collaborateurs. «Nous ne voulons pas d'une réorganisation en théorie et via des conseillers externes mais nous voulons être pragmatique sur la base de notre expérience: quel est l'idéal de notre point de vue?», a résumé Barbara Büschi, vice-directrice depuis octobre 2012.
Traiter plus de demandes
Premier succès lorsque les demandes en suspens baissent par rapport à l'automne, signe que l'ODM accélère la cadence de traitement. L'objectif reste le même: ramener le nombre de demandes d'asile à environ 5000 au début 2015 au plus tard alors que près de 18'000 ont été déposées en plus des 10'000 dans les ambassades.
Ce point devrait être résolu avec l'entrée en vigueur de la révision de la loi sur l'asile qui ne permettra plus aux ambassades d'accepter de nouvelles demandes.
«Nous voulons traiter chaque mois plus de demandes que celles qui sont déposées», affirme Barbara Büschi, un pari possible alors que leur nombre baisse à nouveau au deuxième trimestre 2013.
L'ODM face à d'autres défis
La réorganisation a également permis d'améliorer l'ambiance à l'interne. «Les réclamations des collaborateurs ont nettement reculé», reconnaît Heinz Brand. L'ODM enregistre également des retours positifs. «J'aimerais me montrer prudente. une réorganisation s'accompagne toujours d'incertitude et ce ne sont sûrement pas tous nos 930 collaborateurs qui sont heureux», ajoute Barbara Büschi.
Le directeur Mario Gattiker fait l'unanimité, que ce soit auprès du personnel que des politiciens. «Il est venu vers nous, a toujours laissé la porte ouverte et accepte des avis critiques», souligne Jürg Grunder, secrétaire de l'Association du personnel de la Confédération. Pour Gerhard Pfister, conseiller national PDC, «les améliorations sont à mettre à son crédit».
Tout n'est toutefois pas encore réglé alors que l'ODM doit bientôt affronter les nouvelles procédures accélérées et l'installation de nouveaux centres d'asile. Et certains de s'interroger si cette réorganisation n'intervient pas trop tôt. «L'ODM doit aussi s'organiser pour résister aux tempêtes politiques», résume Gerhard Pfister. (Newsnet)
Créé: 31.07.2013, 10h56
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